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Comment allaiter un bébé prématuré ? Les conseils d’une puéricultrice

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Bébé encore trop petit pour téter, difficile montée de lait, la mise en place de l’allaitement peut s’avérer compliquée pour la mère d’un nouveau-né prématuré. Les conseils de Laurence Girard, infirmière puéricultrice spécialisée dans l’allaitement du bébé prématuré et présidente du comité scientifique de SOS Préma.

Le lait maternel, un médicament pour le bébé prématuré

Si les bienfaits du lait maternel ne sont plus à démontrer, ils sont d’autant plus précieux pour les plus vulnérables. « Le lait maternel protège la vie du bébé« , précise Laurence Girard, infirmière puéricultrice et présidente du comité scientifique de SOS Préma. Il contient des éléments anti-infectieux. Des études ont montré que le lait maternel réduisait de manière significative les risques d’entérocolite ulcéro-nécrosante, une maladie digestive qui touche les intestins avec un risque mortel. Les bébés prématurés nourris au lait maternel ont également un taux de réhospitalisation dans l’année qui suit divisé par deux (pour cause de bronchiolite, otite, gastro-entérite…). Un impact positif a également été démontré sur le développement cérébral. « Plusieurs études montrent que si le bébé reçoit du lait de sa mère au moins jusqu’à la sortie de l’hôpital, il a un meilleur développement cognitif à 5 ans. » D’autres bénéfices sont également prouvés comme une protection des maladies de la rétine.

La montée de lait se fait-elle plus difficilement ?

Tout dépend des pathologies préexistantes. « Si une femme accouche prématurément suite à une prééclampsie, la physiologie du corps maternel est perturbée et la montée de lait peut être retardée« , constate Laurence Girard. « Mais il faut différencier la montée de lait de la production. » C’est pourquoi il est important de se faire aider. « Les taux d’allaitement de mères de nouveau-né prématuré sont parfois supérieurs à la moyenne nationale. La prise en charge à l’hôpital est déterminante. » Dans certains cas, la mère est hospitalisée pour menace d’accouchement prématuré quelques jours voire semaines avant l’accouchement. Ce peut être l’occasion de se renseigner sur les possibilités d’allaitement.

Le bébé est-il capable de téter ?

« On a longtemps pensé que le bébé était capable de téter seulement après avoir atteint un âge gestationnel de 34 semaines« , explique Laurence Girard. « Or, aujourd’hui, des études prouvent que des bébés plus jeunes ont pu commencer à prendre le sein de manière efficace.« 

Les conseils de la puéricultrice pour faciliter l’allaitement

– Le peau-à peau

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« Le fait que le bébé soit placé dans sa « niche écologique », le plus souvent possible en peau-à-peau, renforce ses capacités à téter« , note la puéricultrice. Le contact corporel provoque une cascade de sécrétions hormonales, ocytocine et prolactine, les deux hormones clés de l’allaitement. « Plus le bébé fait du peau à peau, mieux il se développe, plus il s’éveille, plus il se dirige vers le sein« , constate la puéricultrice. « Les taux d’allaitement à la sortie de l’hôpital sont directement corrélés au nombre d’heures de peau-à-peau effectuées. Plus on en fait, plus le bébé apprend à téter tôt et de façon efficace.« 

-L’expression du colostrum

Dans l’heure qui suit l’accouchement, il est conseillé à la jeune maman, aidée par la sage-femme, d’exprimer avec sa main le colostrum. Ce premier lait, de texture épaisse, de couleur orangée, produit en petites quantités, est particulièrement utile au bébé. « Cette expression précoce est très importante« , explique Laurence Girard. « Dans les études, on a noté que dans les trois semaines qui suivent l’accouchement, les femmes qui l’avaient réalisé, avaient deux fois plus de lait que les autres« . Le colostrum participe également à la mise en place de l’immunité du nouveau-né. « On a une synergie intéressante« , remarque la puéricultrice. « D’une part le bébé reçoit le colostrum. D’autre part, la maman fait quelque chose pour son bébé tout de suite, même s’il est en réanimation. Si elle souhaite allaiter ensuite, cela va faciliter la production de lait« .

– Tirer son lait

Même si la production est faible les premiers jours, il est important de tirer son lait régulièrement, entre 8 à 12 fois par 24 heures. Même si le bébé arrive à téter rapidement, il peut être intéressant de tirer une ou deux fois par jour pour stimuler la production s’il se fatigue vite. Dans la semaine qui suit l’accouchement, la production de lait s’accentue drastiquement jusqu’à atteindre 500 ml. Puis elle continue à s’accroître dans les trois semaines qui suivent. « On a une fenêtre d’opportunité les trois premières semaines« , complète la puéricultrice. « Il faut envoyer le signal aux seins qu’on a besoin d’eux. Après cette période, s’il y a des moments de baisse, c’est tout à fait normal et ce sera plus facile à rattraper si la lactation a été bien lancée. »

Bien tirer son lait, les conseils pour s’en sortir

– La bonne fréquence

Tirer son lait plus de 10 fois par jour, cela peut sembler inatteignable. « Si je dis à la maman : préférez-vous tirer 12 x 5 minutes (ce qui fait un total d’une heure) ou 8×20 minutes (soit presque 3 heures) le calcul est vite fait« , constate Laurence Girard. Faut-il se réveiller toutes les 3 heures pour tirer son lait ? « On questionne la mère pour savoir si elle se réveille spontanément la nuit. Dans ce cas, elle peut utiliser le tire-lait à ce moment-là. Si possible, au cours de la nuit, on n’excède pas 5h d’affilée sans tirer. C’est un rythme tout à fait classique pour une mère à la maison avec son nourrisson. On peut mettre en place un plan intensif la journée en compensation mais ce sera moins efficace.« 

– Choisir le bon modèle

Il faut que les pressions soient réglables pour que la mère puisse les adapter à son débit. « Il est nécessaire que l’appareil soit fourni avec différentes tailles de téterelles. Si le modèle est trop petit, il y a des risques de lésions. S’il est trop grand, le rendement sera moins bon« , prévient la spécialiste. Si les tire-laits électriques double pompage permettent d’aider à la montée de lait, ils ne conviennent pas à toutes les femmes.

– Se faire confiance

La production de lait n’est pas linéaire, elle suit les montagnes russes de l’état de santé du bébé. Des mauvaises nouvelles peuvent entacher le moral de la mère et donc la production de lait. Si celle-ci ralentit, il est important de se faire accompagner par une conseillère en allaitement. SOS Préma a édité un livret d’accompagnement des familles, avec une courbe qui permet de suivre la production de lait et de savoir quand réajuster.

Première mise au sein, mode d’emploi

« Ce ne sont pas les professionnels qui décident de la mise au sein, c’est le bébé« , souligne la puéricultrice. « En peau à peau contre sa mère, il apprend chaque jour. Si au début, il a le nez sur le bout de sein sans rien faire, ce n’est pas inquiétant puisqu’il s’imprègne de l’odeur. Petit à petit, il apprend à ouvrir la bouche et saisir le bout de sein. Laissons-le faire cet apprentissage ! Le facteur de réussite, c’est la confiance. » Autre astuce qui peut faciliter la mise au sein : mettre le bébé en peau-à-peau pendant son alimentation à la sonde. « C’est important de coupler les sensations : le contact avec son parent et la nourriture« , précise Laurence Girard.

Biberon : allié ou ennemi de l’allaitement ?

L’introduction d’un biberon risque-t-il de faire capoter l’allaitement ? « Le débat reste entier« , souligne la puéricultrice. « Avec le biberon, le liquide coule très facilement. Si la mère n’a pas beaucoup de lait au début, le bébé ne va pas comprendre pourquoi rien ne vient. alors que le lait coule facilement au biberon, et s’énerver assez vite. C’est pourquoi, les professionnels doivent éviter de donner des biberons à un bébé que sa maman souhaite allaiter. Cependant, certaines mères choisiront de tirer leur lait et de le donner au biberon à leur bébé, et il est essentiel de les accompagner dans leur choix, après les avoir informées.« 

SOS Préma a mis en place une ligne d’écoute au 0800 96 60 60 (gratuit). Des professionnels de la périnatalité et des bénévoles répondent aux questions des parents notamment sur l’allaitement.

En partenariat avec SOS Préma, la marque Kittet distribue un coffret « Mon séjour à la maternité », comprenant une crème à la lanoline, 30 coussinets d’allaitement et une réglette permettant de mesurer son mamelon afin d’adapter la taille de la téterelle de son tire-lait.

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Source: Femmeactuelle.fr

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