Coronavirus et hydroxychloroquine : le professeur Raoult publie une nouvelle étude, aussitôt critiquée

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Le professeur Didier Raoult a mis en ligne, vendredi 27 mars, sur le site Internet de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille, qu’il dirige, une nouvelle étude sur l’hydroxychloroquine. Selon lui, elle confirme « l’efficacité » de ce traitement contre le SARS-CoV-2. Une affirmation aussitôt contestée par de nombreux scientifiques.

« Nous confirmons l’efficacité de l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine (un antibiotique) dans le traitement du Covid-19 », écrivent Didier Raoult et son équipe. Mais nombre de spécialistes ont fait valoir samedi qu’il était impossible de tirer cette conclusion sur la seule base de cette étude, qui n’a pas été publiée à ce stade dans une revue scientifique, en raison de la manière dont elle est élaborée.

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Leur principal reproche : l’étude ne comprend pas de groupe-contrôle (c’est-à-dire des patients à qui l’on n’administre pas le traitement étudié), et il est donc impossible d’établir une comparaison pour déterminer si c’est bien le traitement qui est à l’origine de l’amélioration.

L’hydroxychloroquine – dérivé de la chloroquine, un médicament contre le paludisme – est un traitement reconnu de certaines maladies chroniques comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Selon le professeur Raoult, cette molécule serait également efficace contre l’épidémie de Covid-19.

L’étude mise en ligne vendredi par le directeur de l’IHU Méditerranée Infection de Marseille porte sur 80 patients, dont 65 (81 %) ont connu « une évolution favorable » et sont sortis de l’hôpital au bout de moins de cinq jours en moyenne, selon ses auteurs. Un patient de 74 ans était toujours en soins intensifs au terme de l’étude et un autre de 86 ans était mort.

Le médecin généticien Axel Kahn a commenté ces résultats avec ironie sur Twitter : « Très intéressant. Les données connues sur 600 000 cas sont : 85 % de cas bénins, 15 % de cas sévères, 5 % de cas en soins intensifs. Chiffres retrouvés aussi chez les 80 personnes traitées à l’IHU de Marseille. Vérifiez vous-même. »

« Non, ce n’est pas énorme, j’en ai peur », a twitté le professeur François Balloux, de l’University College de Londres, en réponse à un Tweet enthousiaste qui qualifiait « d’énormes » les conclusions de l’étude. C’est une étude sans groupe-contrôle « qui suit 80 patients avec des symptômes assez légers. La majorité des patients se remettent du Covid-19, avec ou sans traitement à l’hydroxychloroquine et à l’azithromycine », a-t-il développé, à l’unisson de nombreux autres scientifiques sur les réseaux sociaux.

Toujours sur Twitter, Didier Raoult a revendiqué samedi l’absence de groupe-contrôle, en arguant du fait que son équipe propose son protocole à « tous les patients ne présentant pas de contre-indication ». « Le médecin peut et doit réfléchir comme un médecin, et non pas comme un méthodologiste », a-t-il parallèlement plaidé dans une tribune publiée par Le Monde.

L’étude affirme que la plupart des patients ont connu une « diminution rapide » de leur charge virale, en moins d’une semaine. Là encore, cet argument a laissé sceptiques nombre de scientifiques.

Deux études chinoises ont récemment montré que « dix jours après le début des symptômes, 90 % des gens qui ont une forme modérée [de la maladie] ont une charge virale contrôlée », a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) l’épidémiologiste Dominique Costagliola, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et la recherche médicale (Inserm). Le fait d’aboutir à des résultats similaires sous hydroxychloroquine « ne plaide pas pour un effet majeur de l’hydroxychloroquine sur la charge virale », a-t-elle estimé.

Le professeur Raoult est au centre d’un débat mondial sur l’utilisation de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine pour combattre le coronavirus. Certains médecins, certains pays et des élus appellent à administrer largement de l’hydroxychloroquine, qualifiée de « don du ciel » par le président américain Donald Trump.

Mais une vaste partie de la communauté scientifique et des organisations sanitaires appellent à attendre une validation scientifique rigoureuse, en mettant en garde contre les risques possibles.

Un vaste essai européen coordonné par l’Inserm, baptisé « Discovery », a démarré le 22 mars pour tester l’efficacité de différentes molécules, dont l’hydroxychloroquine, contre le Covid-19. Huit cents patients français atteints de formes sévères du Covid-19 seront inclus dans cet essai, et 3 200 en Europe, soit bien davantage que les 80 de la dernière étude du professeur Raoult.

Cette recherche est un essai réalisé par tirage au sort et qui prévoit cinq modalités de traitement, parmi lesquelles l’hydroxychloroquine, qui sera comparée comme les autres molécules testées.

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Source: lemonde.fr

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