Coronavirus : le travail “épuisant” derrière la carte des cas de Covid-19 la plus consultée au monde

“Epuisant” : la scientifique de l’Université américaine Johns Hopkins à la tête de la carte du monde à plus d’un milliard de visites quotidiennes raconte à Science les origines et le “gros effort” scientifique derrière ce projet.

Carte Covid-19 de la Johns Hopkins University

Carte Covid-19 de la Johns Hopkins University

John Hopkins University

Plus d’un milliard de visites sont enregistrées chaque jour sur la carte du monde interactive de l’Université Johns Hopkins (à Baltimore aux Etats-Unis), qui recense en temps réel le nombre de cas, de décès et de rémissions de Covid-19 dans le monde entier. Pour comprendre les dessous de ce qui est devenu une des sources les plus fiables de la planète pendant la pandémie en cours, le magazine Science (en anglais) a interviewé sa directrice, Lauren Gardner.

Un succès immédiat

Lauren Gardner, co-directrice du Center for Systems Science and Engineering de Hopkins, a auparavant travaillé sur la modélisation spatiale des épidémies de rougeole et du virus Zika. Elle est aujourd’hui à la tête de la carte la plus consultée eu monde concernant au Covid-19 : celle de l’Université Johns Hopkins. Tout a commencé en janvier 2020, lorsqu’il ne s’agissait que de suivre les cas chinois. “Mon étudiant diplômé Ensheng Dong, qui est chinois, s’y est intéressé personnellement. En quelques heures, nous avons construit le tableau de bord original“, explique Lauren Gardner à Science. Lorsqu’elle poste le résultat sur Twitter le lendemain, 22 janvier, “il est immédiatement devenu populaire“. Pour elle, c’est cette ancienneté qui est la cause de sa popularité.

Un système automatisé de détection des nouveaux cas

Mis à jour toutes les heures, le tableau de bord tire ses données d’un nombre important de sources, depuis l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) aux médias, en passant par les signalements sur les réseaux sociaux. Si la carte de Lauren Gardner reste à jour, c’est d’abord grâce à l’automatisation du système, qui était entièrement manuel à sa création et “pendant plus de deux mois“. Aujourd’hui, “un système de détection des anomalies nous alerte en cas de divergences dans les rapports de cas que nous collectons automatiquement.” Le facteur humain reste très important, et l’équipe compte aussi sur “les millions d’yeux” qui scrutent leur travail chaque jour. “Nous recevons des milliers de courriels. On nous dit : ‘Hé, il y a deux nouveaux cas ici dont vous n’êtes pas au courant’.” Leur principal souci : éviter “les boucles“, c’est-à-dire que leurs propres données leur soient renvoyées comme des cas originaux. “Mais le fait est que s’il y a une boucle, aucun rapport de cas et de décès de Covid-19 n’augmentera jamais. Donc, nous savons que cela n’arrive pas.”

“Nous allons suivre l’épidémie de Covid-19 pendant un an”

Ce travail “épuisant” mobilise “à 110%” les six personnes de son équipe, assistés par le laboratoire de physique appliquée de l’Université Johns Hopkins pour ce qui est de la conservation des données et la technologie, et par la société Esri (pour “Environmental systems research institute”), qui possède le logiciel de cartographie, pour gérer la plateforme. L’Esri France a d’ailleurs également mis en ligne une carte de suivi des cas chez nous. “Nous sommes également en rotation sur 24 heures pour des questions telles que les problèmes de serveur et la conservation des données“, explique-t-elle. Un de leurs étudiants en doctorat basé en Angleterre prend par exemple un quart de travail tôt le matin. Malgré ce “gros effort (…) basé sur le bénévolat, (…) nous savons que ce n’est pas parfait“, admet Lauren Gardner.

Nous faisons cela à fond depuis janvier. Nous avons laissé tomber tout le reste dans le laboratoire. Et ce sera probablement ainsi pendant au moins deux mois encore. Et je pense que nous allons suivre l’épidémie pendant un an. Elle va continuer à se propager dans le monde entier“, conclut-elle.

Source: Sciencesetavenir.fr

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