Coronavirus : Ni confinement, ni masque… Pourquoi la Suède fait-elle cavalier seul face à la pandémie ?

L'épidémiologiste Anders Tegnell est le leader et le visage de la stratégie de la Suède face à la pandémie de Covid-19, qui préfère faire confiance à la population que des mesures coercitives.
L’épidémiologiste Anders Tegnell est le leader et le visage de la stratégie de la Suède face à la pandémie de Covid-19, qui préfère faire confiance à la population que des mesures coercitives. — AFP
  • Face à la pandémie de Covid-19, la Suède a pris le parti de tracer seule son chemin en refusant de confiner sa population et d’imposer les masques.
  • Ce qui ne veut pas dire que les gestes barrières ne se sont pas imposés.
  • Pourquoi ce pays scandinave a-t-il fait ce choix, et avec quels résultats ?

Voilà un pays où les citoyens ont pu profiter du printemps en terrasse. Un pays qui a dit non, en mars, au confinement, et qui refuse toujours le port du masque obligatoire, en intérieur comme en extérieur. Dans cette pandémie du Covid-19, la
Suède fait cavalier seul. A rebrousse poil de quasiment tous les pays, qui ont pris des mesures plus ou moins contraignantes d’isolement, de fermeture des frontières et des lieux publics, de limitation des déplacements, ce pays scandinave a longtemps été montré du doigt.

Pour certains, la Suède incarnait le choix de l’économie sur la santé publique. Pour d’autres, elle prouve que la stratégie de l’immunité collective se défend. S’il est encore tôt pour tirer des conclusions claires sur son bien-fondé, la stratégie suédoise a de quoi interroger. Surtout à l’heure où certains pays, dont la France, prennent de nouvelles mesures contraignantes…

Pas d’interdiction ne veut pas dire pas de gestes barrières

Loin d’une image d’Epinal où tout est permis, les Suédois n’ont pas vécu en ignorant le Covid-19. Toute la population n’a certes pas été confinée, mais les plus fragiles ont été encouragés à rester chez eux. Les crèches et les écoles sont restées ouvertes, mais pas les lycées et ni les universités. Par ailleurs, les réunions de plus de 50 personnes sont toujours interdites, même dans les cinémas ou à l’occasion de grandes célébrations, notamment la grande fête qui suit pour les jeunes l’obtention de l’équivalent du baccalauréat.

Les autorités nationales ne recommandent pas non plus pour l’heure l’utilisation du masque, excepté pour les soignants, mais disent « garder un œil » sur la question et pourraient introduire la mesure si cela était jugé nécessaire. En revanche, fait marquant, le royaume encourage vivement
ceux qui le peuvent à télétravailler… jusqu’à 2021 (au moins!). Et 20 % des collégiens à Stockholm continuent les cours à distance. Surtout,les autorités ont appelé à la responsabilité : distanciation physique, application stricte des règles d’hygiène, isolement en cas de symptômes. Et
Alain Gras, socio-ethnologue qui connaît bien ce pays, de confirmer. Son fils vit en Suède et a été infecté par le virus. Après avoir prévenu son médecin, il n’a été contraint ni de faire un test, ni de voir un médecin, mais a simplement été invité à rester chez lui.

Certaines mesures ont donc bien été prises, mais les contraintes ont été et restent moins strictes. Surtout, il est difficile d’évaluer comment ces invitations ont été reçues. « Il est probable qu’effectivement, il y ait moins de mesures coercitives que dans d’autres pays, souligne Michèle Legeas, enseignante-chercheuse à l’Ecole des hautes études en santé publique. Ceci n’empêche que peut-être les citoyens, qui ne sont pas pris pour des enfants grincheux, ont par eux-mêmes adopté des mesures barrières. L’égoïsme individuel est parfois un bon moteur… »

Quel bilan ?

Il est contestable : avec plus de 5.800 morts et 84.729 cas, la Suède se retrouve dans le peloton de tête des pays européens les plus touchés relativement à sa population : près de 57 morts pour 100.000 habitants, contre 45 en France ou 11 au Danemark. Mais on est loin de l’hécatombe promise par certains médecins répétant que la stratégie de l’immunité collective était mortifère.

Par ailleurs, ils n’ont aujourd’hui aucune augmentation du nombre de cas, alors que la France en comptabilise plus de 25.000 cas en sept jours. Et que
l’Espagne et
l’Allemagne vivent également une nouvelle hausse de l’épidémie.

« La raison pour laquelle nous avons une transmission relativement faible maintenant est en grande partie due au fait que beaucoup de Stockholmois suivent les recommandations à rester chez soi quand on est malade, de se laver les mains et de garder ses distances », a déclaré Per Follin, responsable du département de contrôle et de prévention des maladies transmissibles de Stockholm. Le taux de reproduction (dit « R ») est quasi continuellement inférieur à 1 depuis début juillet. A titre de comparaison, cette dernière semaine, la Suède a compté moins de 200 nouveaux cas et moins de 3 décès par jour, quand la France atteignait 9.000 nouvelles contaminations et autour de 30 morts quotidiens. « Attention au triomphalisme, prévient tout de même Michèle Legeas, on ne peut pas crier victoire trop tôt, quel que soit le pays face à cette épidémie. »

Comment expliquer cette stratégie à rebours ?

D’abord par un choix de santé publique expliqué et assumé : pour mieux lutter contre cette pandémie, il fallait laisser la population attraper le Covid-19 et protéger les plus fragiles. « La Suède a choisi l’immunité collective dès le départ, rappelle Alain Gras, qui a enseigné en Suède. Le pays continue à tenir droit dans ses bottes, à la différence de tous les autres. » Une façon d’affirmer son attachement à la liberté individuelle… Et sa volonté de défendre sa différence par rapport au reste du monde.

Pour Alain Gras, la seconde explication, c’est la confiance. Qui va à double-sens. Les autorités accordent leur confiance au peuple, mais les Suédois ont également une grande confiance dans le pouvoir. Une enquête réalisée pour l’Agence de la protection civile et citée par Le Monde dévoile que 73 % des Suédois font confiance à l’Agence de santé publique et 52 % au gouvernement (contre 39 % en France). « Leur démocratie est beaucoup plus participative que coercitive en matière de santé publique, assure Michèle Legeas. Cela interroge sur l’intérêt de mesures obligatoires versus une responsabilisation des citoyens. Un isolement sur la base du volontariat est certainement mieux accepté. Surtout sur la durée, qui est un enjeu actuel. Car nous avons encore six mois ou un an à vivre dans des conditions compliquées…. Au bout d’un moment, quand les gens voient que l’épidémie est toujours là alors qu’ils ont l’impression d’avoir fait des efforts maximums, il est plus difficile d’imposer des contraintes. » En Suède, la peur du gendarme n’est jamais privilégiée. « Il n’y a par exemple pas de contrôle d’identité », illustre 
Alain Gras.

Pas la mairie, mais le pasteur

Il estime que cette capacité à tracer sa route découle du poids de la religion luthérienne. « L’Eglise a joué un très grand rôle dans l’administration jusqu’à récemment. Par exemple, jusqu’en 1980, quand on déménageait, on n’allait pas à la mairie pour le signaler… mais prévenir le pasteur. Et donc bien que ça soit un pays laïc, il y a un respect pour l’État quasiment religieux. » L’autre héritage, c’est cet appel à la responsabilité individuelle. « Luther a dit : il y en a marre des prêtres qui disent quoi faire, étudiez la Bible seuls et c’est comme ça qu’a commencé le protestantisme, résume le sociologue. Dans l’Église luthérienne par exemple, il y a toujours la confession personnelle, on ne dit pas “mon père, j’ai pêché”, mais on se confesse directement. Ce qui induit une contrainte morale très forte. Ce n’est pas libertaire, on fait attention à la collectivité. »

Enfin, dernière hypothèse, c’est la confiance accordée à un homme, Anders Tegnell, responsable de l’Agence de santé publique. L’équivalent de notre directeur général de la santé. C’est lui qui a pris les grandes décisions et les a défendu devant les caméras. « Il s’appuie sur une commission, mais il garde la responsabilité, souligne Alain Gras. La ministre de la Santé, les Suédois ne la connaissent même pas…. » C’est donc sa doctrine qui a été suivie tout du long. Au risque de s’attirer des critiques. En effet, des professeurs suédois dénoncent certaines décisions,
notamment sur le port du masque​. Et lui-même a reconnu en juin que son approche souple n’était sans doute pas la plus adaptée. « Si nous devions rencontrer la même maladie avec tout ce que nous savons aujourd’hui sur elle, je pense que nous finirions par faire quelque chose entre ce que la Suède et le reste du monde ont fait », avait déclaré l’épidémiologiste sur les ondes de la radio publique suédoise. Sans toutefois regretter de ne pas avoir suivi la même voie…

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Source: 20minutes.fr

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