Coronavirus : préparation d’une deuxième vague, on prend les mêmes et on recommence ?

A la demande de la ministre de la Santé publique Maggie De Block, le cabinet d’audit et de conseil Deloitte s’est penché sur la préparation d’une éventuelle deuxième vague de contamination au COVID-19 en Belgique.

Au regard de la première vague, quels acteurs sont-ils impliqués ? Quelles décisions supplémentaires faut-il prendre pour s’y préparer ? Il n’existe pas à proprement parler d’audit ou de bilan dressé à l’issue de cette phase de la crise sanitaire. Cette note est plutôt une “to do list”, pour les différents intervenants publics.

Le document que nous avons examiné identifie les points problématiques, en termes de priorités et de ressources, et définit chaque chef de projet pour les régler. Première constatation : les acteurs de la première vague sont les mêmes. A la barre, le Service Public Fédéral Santé publique, Sciensano, l’Agence Fédérale du Médicament et des Produits de santé (AFMPS), les Régions…

Pas de changement dans la configuration décisionnelle complexe de la crise sanitaire. Les experts académiques ne sont pas mentionnés dans la note. Ils sont aujourd’hui présents dans des groupes comme le GEES, qui gère la sortie du confinement ou le RAG (Risk Assessment Group). Comment seront-ils associés à la préparation et à la gestion d’une 2e phase ? Ce n’est pas mentionné.

Questions cruciales

La note concerne la capacité de soins dans les hôpitaux, les soins de première ligne au patient (généralistes et soins à domicile), la santé numérique (télé consultations), la santé mentale et celle des soignants (l’impact du COVID-19 sur les professionnels de la santé), le monitoring international de l’épidémie, la communication, la structure et la gouvernance pour la gestion de crise.


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Les accords existants lors de la première vague doivent-ils être adaptés ou affinés en vue d’une hypothétique deuxième ? Il faudra, dit le document, prévoir un accord entre tous les ministres de la santé pour le transport des patients entre les hôpitaux ; avoir une image moins fragmentaire du matériel disponible pour les traitements ; éviter une variation dans l’approche de gestion de crise et les mesures prises (par exemple, lorsque des provinces prennent des mesures en lieu et place du fédéral).

Il faut définir un “cliquet” à partir duquel il faudra, le cas échéant, renforcer la capacité de soins avec des étudiants, des volontaires, des militaires… Beaucoup de points à régler, mais avec les mêmes acteurs que lors de la crise sanitaire, moyennant des budgets et des recrutements supplémentaires.

Embauche

La note prévoit qu’il faudra des budgets pour des engagements : 42 équivalents-temps plein (ETP) pour Sciensano, soit 5 millions d’euros en 2021 et 4,85 millions dès 2022 ; 62 ETP pour le SPF Santé publique, et 14 pour l’Agence fédérale du Médicament et des Produits de santé.

Cette note n’est pas de nature à rassurer les experts et les académiques, qui pointaient un manque de préparation pour une potentielle deuxième vague, dans le dernier rapport du GEES (Groupe d’experts en charge du déconfinement) au kern et à la Première ministre.

Pas de solution au vrai problème

La note est complètement irréaliste sur le plan des recrutements. Trouver autant de personnel qualifié en si peu de temps avec les procédures dysfonctionnelles du Selor relève du pari impossible“, note cet observateur de la politique de santé publique, qui ajoute que quand les recrutements arriveront, la seconde vague, si elle a lieu, sera déjà passée. “Tous les problèmes ne sont pas venus du manque de personnel, mais aussi de la complexité des processus de coordination entre les instances fédérales et entre la coordination entre le fédéral et les régions“, ajoute cette source qui préfère garder l’anonymat, et qui estime que “de ce point de vue, aucune solution n’est apportée“. Il est vrai que l’articulation entre les niveaux de pouvoir de la santé et les responsabilités reste d’une complexité qui n’a d’égale que le virus Sars-COV-2.

Un système clos

Un autre observateur critique un fonctionnement des organismes publics de la santé en monde clos : “La note révèle également que l’on se prive entièrement de toute l’expertise académique qui existe dans ce pays, tant au niveau des stratégies digitales, des analyses, du développement thérapeutique, des vaccins etc… C’est un peu comme si la santé publique fonctionnait en système fermé et opaque.”

Personne ne peut jurer qu’il y aura ou non une deuxième vague. Mais la manière dont on s’y prépare n’inspire pas confiance à plusieurs observateurs avertis. 

Coronavirus en Belgique : le bilan du 12/06/2020

Source: rtbf.be

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