Coronavirus : Tests, vaccins, protocole sanitaire… Pourquoi la grogne monte dans les établissements scolaires ?

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Un enseignant devant une école à Lyon en novembre.
Un enseignant devant une école à Lyon en novembre. — KONRAD K./SIPA
  • Certains syndicats enseignants estiment que le gouvernement n’a pas pris suffisamment de mesures dans les établissements pour faire face à l’aggravation de la situation sanitaire.
  • A ce jour, seuls 10.000 tests ont été réalisés sur la base du volontariat dans des lycées d’une dizaine d’académies depuis la fin novembre.
  • Et la campagne de vaccination des profs est reportée à avril.

Pas question de fermer les établissements scolaires comme en Grande-Bretagne pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. « Je suis très attentif à ce qu’on ne ferme les écoles qu’en dernier ressort », a martelé ce dimanche Jean-Michel Blanquer, invité du Grand Jury RTL, confirmant la position avancée jeudi par le Premier ministre Jean Castex.

« Ma boussole, c’est maintenir les calendriers tant que possible. Le principe, c’est le maintien, si la situation le permet », a poursuivi le ministre, faisant allusion notamment aux demandes de prolongement des vacances scolaires ou de report des épreuves de spécialité de Terminale qui doivent lancer les épreuves du nouveau bac le 15 mars.

« Le milieu scolaire n’est pas plus contaminé que le reste de la société »

Pourtant, l’inquiétude plane dans les écoles, une personne ayant été testée positive au variant britannique du coronavirus dans une école maternelle à Bagneux (Hauts-de-Seine), où une campagne de dépistage a été lancée. « Le milieu scolaire n’était pas directement concerné par le variant à Bagneux. La population jeune l’est. Les premiers éléments sont plutôt rassurants. Nous serons amenés à prendre des décisions de fermeture [lundi] si nécessaire », a souligné Jean-Michel Blanquer.

Face à la crainte d’une augmentation des cas de Covid-19 ces prochains jours, en raison du brassage plus important de la population pendant les fêtes de fin d’année, le ministre de l’Education a également voulu rassurer parents et enseignants : « Le milieu scolaire n’est pas plus contaminé que le reste de la société. Le variant anglais introduit une nouvelle donne. Nous regardons ça au quotidien. Nous pourrions changer de doctrine pour contenir l’envolée du virus », a-t-il déclaré sur RTL.

Pour l’heure, les chiffres communiqués par l’Education nationale vendredi ne montrent pas une flambée des cas positifs : 1.948 chez les élèves et 348 chez les profs sur les quatre derniers jours. « Mais ces chiffres sont sous-estimés car ils ne portent que sur les cas déclarés par les principaux intéressés », note Stéphane Crochet, secrétaire général du Se-Unsa.

« On est en retard sur les tests »

C’est d’abord la politique de tests qui est critiquée par certains profs. Selon le ministère de l’Education nationale, contacté par 20 Minutes, « 10.000 tests antigéniques ont été réalisés sur la base du volontariat dans des lycées, dans une dizaine d’académies * depuis la fin novembre. Et 1,2 million sont déjà à disposition ». Des chiffres jugés trop faibles par Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU. « On est en retard. Les annonces de dépistages massifs de la fin de l’année n’ont pas été suivies d’effets et on n’a pas constaté d’efforts particuliers lors de cette première semaine de reprise ».

Si les dépistages n’ont pas été réalisés à grande échelle, c’est d’abord en raison d’un manque de moyens humains. Selon le ministère de l’Education nationale, 2.000 médecins et infirmiers ont été formés à la réalisation de tests. Même s’ils sont épaulés par le personnel médical déployé par les ARS, leur nombre semble insuffisant : « Nous sommes déjà débordés et nous nous déplaçons sur plusieurs établissements », indique le Dr Claudine Némausaut, secrétaire générale du SNMSU-UNSA Éducation, premier syndicat de médecins scolaires.

« Très peu d’élèves se portent volontaires car ils ont peur d’avoir mal »

Le Dr Claudine Némausaut évoque aussi des problèmes logistiques. « Nous n’avons pas de boîtiers informatiques permettant de saisir rapidement les résultats des tests sur le serveur. Nous devons passer par Internet et remplir un document de 4 pages, ce qui prend du temps ». « Et encore faut-il que les tests soient répartis aux bons endroits pour pouvoir être dégainés vite », ajoute Stéphane Crochet.

Pour Sophie Vénétitay, les élèves n’ont pas été assez sensibilisés à l’intérêt de ces tests : « Très peu d’élèves se portent volontaires car ils ont peur d’avoir mal. On n’a pas su bien communiquer auprès d’eux sur la manière dont ils se déroulaient et l’importance pour leur entourage de disposer de résultats. Il faudrait aussi déployer rapidement des tests salivaires, qui seraient plus faciles à réaliser et proposeraient des résultats rapides », estime-t-elle. Selon l’entourage de Jean-Michel Blanquer, à partir de lundi, lorsque trois cas positifs seront identifiés dans un établissement, une campagne de tests sera organisée. Ce qui pourrait accélérer la cadence. D’autant que Jean Castex a déclaré ce jeudi sa volonté de renforcer la surveillance épidémiologique dans les écoles.

La cantine, « maillon faible des établissements »

Autre sujet de tension entre les profs et le gouvernement : la vaccination des personnels de l’Education nationale. « Initialement, il était prévu qu’elle démarre en mars. Mais jeudi, l’entourage du ministre nous a annoncé que ce serait plutôt avril. Cela nous semble très tard, alors que c’est le moyen le plus fiable pour éviter la fermeture des établissements si les cas flambent », estime Sophie Vénétitay. « Certes, les profs ne sont pas plus prioritaires que les caissiers, qui croisent beaucoup de monde, mais il faudrait accélérer la cadence pour tous », renchérit Stéphane Crochet.

Et Jean Castex l’a réaffirmé jeudi : le protocole sanitaire ne sera pas renforcé dans les écoles. Ce qui hérisse le poil des enseignants, notamment lorsqu’ils évoquent la cantine.​ « C’est le maillon faible des établissements concernant la lutte contre l’épidémie », reconnaît le Dr Claudine Némausaut. « Depuis septembre, nous suggérons que les élèves puissent être dispatchés dans d’autres lieux en plus des réfectoires pour être moins nombreux autour d’une table. On a évoqué aussi la possibilité de paniers repas que les élèves pourraient prendre à leur bureau ou dans la cour, afin d’éviter les brassages. Mais aucune de ces mesures n’a été adoptée », souligne Sophie Vénétitay. « L’entourage de Jean-Michel Blanquer nous a dit jeudi qu’il travaillait à une réorganisation de la restauration scolaire en cas de mauvaise évolution de l’épidémie. Mais il aurait fallu le faire il y a des mois », abonde Stéphane Crochet. Quant à la possibilité d’imposer une jauge à 50 % d’élèves maximum pour tous les collèges (les cours se font aujourd’hui pour la plupart en présentiel), si le ministère ne l’a pas écartée, elle n’est pas encore d’actualité. Ce que regrettent aussi certains enseignants.

* Les tests ont été réalisés dans l’académie d’Aix-Marseille, de Besançon, Bordeaux, Créteil, Grenoble, Montpellier, Nantes, Nice, Normandie, Paris, Toulouse, Versailles.

Source: 20minutes.fr

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