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Discrimination des jeunes : « Parce que tu viens d’une cité, on t’envoie dans une filière dite poubelle »

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Lors d'une journée pour l'emploi (Ilustration)
Lors d’une journée pour l’emploi (Ilustration) — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Selon le dernier baromètre de la Défenseure des droits, plus d’un jeune de 18 à 34 ans sur trois explique avoir vécu une situation de discrimination ou de harcèlement discriminatoire lors de ses recherches d’emploi ou lorsqu’il travaillait.
  • Des situations existantes, mais peu dévoilées, pour lesquelles il n’y a presque pas de recours indique Claire Hédon, la Défenseure des droits.
  • Que ce soit à cause de leur handicap, leur origine ou leur âge, des jeunes témoignent des conséquences de ces discriminations.

« J’ai été licencié parce que j’étais trop lent, pas assez productif et que je coûtais plus que ce que je rapportais. » Après trois semaines dans une entreprise, Simon a été remercié par son patron alors qu’il avait été embauché pour un CDD de 9 mois. Un coup dur pour ce Toulousain de 25 ans, qui souffre d’une maladie génétique musculaire, qui l’empêche d’aller vite sur certaines tâches. Un handicap qu’il n’a pas caché lors de son embauche, « c’est même la première chose que j’ai dite ».

Le cas de Simon est loin d’être isolé. Selon le dernier baromètre du Défenseur des droits, plus d’un jeune de 18 à 34 ans sur trois explique avoir vécu une situation de discrimination ou de harcèlement discriminatoire dans le cadre de ses recherches d’emploi ou lorsqu’il travaillait.

Le Toulousain, lui, n’avait même pas conscience que son licenciement était illégal. « C’est quand je suis allé à la mission locale que je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une discrimination, qu’un salarié handicapé ne pouvait pas être licencié pour des raisons médicales. J’aurai aimé être informé avant », a témoigné le jeune homme ce mercredi, lors d’une table ronde organisée dans la Ville rose sur le sujet.

Ce manque d’informations, Claire Hédon en est consciente. La Défenseure des droits sait qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour que ces jeunes parlent de ce qu’ils ont vécu. « Quatre jeunes sur dix qui ont vécu une discrimination disent n’avoir rien fait, si on compte les femmes ce sont cinq sur dix. Et quand ils ont fait quelque chose, ce n’est pas un recours devant les tribunaux, c’est simplement d’en parler à quelqu’un. C’est un des gros problèmes de la discrimination, on a beaucoup de mal à l’évaluer parce qu’on est dans le non-recours, parce que les gens ont peur des représailles quand ils sont dans l’emploi et ils se disent « ça ne sert à rien » », explique la responsable de l’autorité administrative indépendante.

« Effets délétères à long terme » selon Claire Hédon

Pourtant, lorsqu’on les interroge, nombreux sont ceux à pouvoir témoigner d’une difficulté à passer le cap de l’entretien à cause d’une adresse, d’une origine, de son sexe ou de son apparence. Et cela peut commencer très tôt. Roby a ainsi expliqué comment durant toute sa scolarité au collège on lui a expliqué qu’il ne pourrait pas intégrer une filière générale pour le bac, malgré ses bons résultats. « Parce que tu es noir, arabe, que tu viens d’une cité, on t’envoie dans une filière qu’on appelle poubelle, ça fait mal », témoigne le jeune homme, suivi par la mission locale de Toulouse.

Des discriminations dans l’orientation qui ont souvent un impact durable, au niveau psychologique, mais aussi sur leur futur professionnel. L’étude montre ainsi que 55 % des jeunes, discriminés ou non, se sont autocensurés lors de la recherche d’un emploi, notamment en ne répondant pas à des offres alors qu’ils avaient les compétences requises.

« Un impact sur leur vie professionnelle »

Et lorsqu’ils y répondent, cela peut les ramener aux mêmes discriminations. C’est ce à quoi a assisté Maëlie, en service civique dans une mission locale toulousaine. Lors d’un job-dating organisé entre des jeunes déscolarisés et des entreprises, une société a fait remplir un questionnaire en ligne aux candidats. « On leur demandait leur origine ethnique, leur religion, leur orientation sexuelle. Je me suis dit que c’était une erreur tellement c’était gros. Lorsqu’on a interrogé cette multinationale, elle nous a dit que c’était pour faire de la discrimination positive, pour prévoir une plus grande mixité dans leur équipe », raconte celle qui se destine à être conseillère en insertion.

Pour elle, l’une des discriminations dont sont victimes les jeunes c’est aussi leur âge. « Pour la mixité dans une équipe, cela peut être bénéfique. Dois-je attendre sur mon canapé en attendant d’avoir l’âge idéal pour postuler ? », interroge Maëlie. C’est d’ailleurs l’un des critères de discrimination qui revient le plus souvent chez les jeunes interrogés dans l’étude menée par l’institution de Claire Hédon, qui a lancé il y a un an une plateforme anti-discrimination.

Depuis, elle a reçu près de 11.000 appels, dont plus de la moitié concernait l’emploi. « Sur les jeunes, on sait que cela a un impact sur leur vie professionnelle. Ce que l’on sait moins, c’est que ça a aussi un impact sur la vie de famille, leur état de santé physique et psychique. Ce sont des effets délétères à long terme. Et cela s’accumule avec d’autres discriminations ou propos limites qu’ils reçoivent dans la vie de tous les jours », poursuit la Défenseure des Droits. Elle plaide pour la création d’un observatoire des discriminations ou un travail sur les pénalités pour les employeurs « à qui ça ne coûte pas très cher de discriminer ».

Source: 20minutes.fr

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