Espagne : le gouvernement condamné pour ne pas avoir protégé une victime de féminicide

La justice espagnole a condamné, mercredi 14 octobre, le ministère de l’intérieur à verser 180 000 euros à la famille d’une femme assassinée par son mari un mois après qu’elle a demandé, en vain, une protection policière.

Le tribunal de l’Audience nationale, compétent en cas de plainte contre le gouvernement, a jugé que la garde civile espagnole avait fourni une protection « inadéquate » à cette femme, qui avait demandé à être protégée de son conjoint en septembre 2016 à Sanlucar la Mayor, près de Séville. La requête de la victime avait été rejetée car son mari n’avait pas d’antécédents judiciaires, ce qui avait conduit la garde civile à conclure que le danger était insuffisant, a détaillé le tribunal.

Un mois plus tard, cette femme a été poignardée à mort dans la rue par son mari, devant leurs deux enfants. L’homme, un ancien policier dominicain d’après la presse locale, s’est suicidé en mai dernier, alors qu’il purgeait une peine de vingt-huit ans de prison pour ce crime.

L’Audience nationale a ainsi ordonné au ministère de l’intérieur de verser 20 000 euros à chacun des parents de la victime et 70 000 euros à chacun de ses deux enfants pour « préjudice moral ». « La prise de conscience sociale et institutionnelle de l’importance du problème de la violence de genre exige une plus grande sensibilisation que celle dont a fait preuve la brigade de la garde civile dans cette affaire », a commenté le tribunal dans sa décision.

L’Espagne a fait de la protection des femmes une priorité dès 1997, après le traumatisme national causé par le féminicide d’Ana Orantes : une Espagnole de 60 ans battue, jetée depuis un balcon puis brûlée vive par son ex-mari, après avoir signalé plusieurs fois ses violences aux autorités et à la télévision.

Ana Orantes avait été forcée de partager sa maison avec son ex-mari par le tribunal qui avait prononcé leur divorce. Le Parlement espagnol a adopté à l’unanimité, en 2004, la première loi en Europe faisant du sexe de la victime une circonstance aggravante en cas d’agression.

Cette loi prévoit aussi une aide juridictionnelle gratuite pour les victimes de violences machistes, instaure des tribunaux spécialisés en la matière et permet aux procureurs de poursuivre un suspect même si la victime n’a pas porté plainte.

Source: lemonde.fr

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