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Ethiopie : les tensions s’exacerbent, le chef de l’ONU demande « l’ouverture de couloirs humanitaires »

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Des roquettes tirées par les forces du Tigré, qui affrontent l’armée fédérale éthiopienne, ont à nouveau visé la région voisine d’Amhara quelques heures après que le gouvernement central a affirmé que ses troupes se rapprochaient de Makalé, capitale de la région dissidente.

Prix Nobel de la paix en 2019, le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a déclenché cette opération contre les forces du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), les accusant de chercher à déstabiliser le gouvernement fédéral et d’avoir attaqué deux bases militaires éthiopiennes dans la région, ce que nient les autorités Tigréennes.

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Vendredi, vers 1 h 40 locales, un journaliste de l’Agence France-Presse à Bahir Dar, capitale de la région Amhara, située à environ 200 km au sud de la frontière du Tigré, a entendu deux fortes explosions, suivies de tirs d’armes automatiques qui ont duré plusieurs minutes.

Un responsable de la communication de la région Amhara, Gizachew Muluneh, a affirmé vendredi matin que trois roquettes avaient été tirées sur Bahir Dar depuis le Tigré, mais avaient raté leurs cibles.

Deux sont tombées près de l’aéroport et une dans un champ de maïs, a-t-il ajouté en précisant qu’elles n’avaient fait ni victime ni dégâts. Mais les journalistes présents à Bahir Dar n’ont pas été autorisés à accéder aux sites concernés.

Les autorités du Tigré – région largement soumise à un black-out depuis le début de l’offensive militaire éthiopienne – n’étaient pas joignables dans l’immédiat.

Dans un communiqué, elles ont en revanche affirmé que l’aviation de « la clique fasciste » du Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, avait bombardé jeudi Makalé, blessant « des étudiants de l’université ».

Depuis qu’il a lancé cette opération militaire au Tigré, le gouvernement fédéral assure que ses bombardements aériens ne visent que des dépôts d’armes ou de carburant et sont menés de façon à éviter les victimes civiles.

Aucune des affirmations de l’un ou l’autre camp ne sont vérifiables de source indépendante, le Tigré étant quasiment coupé du monde.

Le TPLF avait déjà revendiqué le tir, le 13 novembre, de roquettes ayant visé les aéroports de Bahir Dar et Gondar, autre localité d’Amhara, à 175 km au nord, utilisés selon lui par les appareils de l’aviation éthiopienne bombardant le Tigré.

Les autorités du Tigré avaient également reconnu avoir tiré le lendemain des roquettes sur Asmara, capitale de l’Erythrée, pays voisin qui borde toute la frontière nord du Tigré, accusant les autorités érythréennes de laisser les forces d’Addis-Abeba utiliser son territoire et l’armée érythréenne de leur prêter main-forte dans des combats au Tigré.

De vieux différends territoriaux opposent Amhara et Tigréens, et les tensions récurrentes entre les deux communautés ont parfois dégénéré en violences par le passé.

Des milliers de miliciens amhara ont rejoint le Tigré depuis le 4 novembre pour appuyer l’armée fédérale contre le TPLF, selon les autorités régionales amhara.

Les appels à la désescalade se multiplient au sein de la communauté internationale, sans grand résultat.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déploré que, « jusqu’à présent, il n’y a aucun accord des autorités éthiopiennes pour une médiation externe ». « A ce stade, aucune des deux parties, de ce que nous comprenons, n’est intéressée par une médiation », a également souligné le secrétaire d’Etat américain adjoint chargé des affaires africaines, Tibor Nagy.

Après avoir dominé durant quinze ans la lutte armée en Ethiopie contre le régime militaro-marxiste du Derg, renversé en 1991, le TPLF a contrôlé d’une main de fer durant près de trois décennies l’appareil politique et sécuritaire du pays, avant d’être progressivement écarté par M. Abiy depuis qu’il est devenu Premier ministre en 2018.

Aucun bilan précis des combats, qui ont fait au moins des centaines de morts depuis le 4 novembre, n’est disponible de source indépendante. Mais plus de 36 000 Ethiopiens ont fui le Tigré pour se réfugier au Soudan, selon la Commission soudanaise des réfugiés.

Parmi eux, quelque 12 000 enfants, certains sans parents ou proches pour les accompagner, pour lesquels « les conditions (…) sont particulièrement dures », s’inquiète vendredi le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).

Plus de 200 000 personnes pourraient passer la frontière vers le Soudan dans les prochains jours ou semaines, rappelle sa directrice, Henrietta Fore, dans un communiqué. Antonio Guterres a demandé « l’ouverture de corridors humanitaires » pour venir en aide à la population prise au piège des combats.

Source: lemonde.fr

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