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Expression abdominale : quelle est cette pratique obstétricale interdite durant l’accouchement ?

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L’expression abdominale est un acte de violence obstétricale réalisé pendant l’accouchement et interdit depuis 2007 par la Haute Autorité de Santé (HAS). Pourtant, certaines femmes continuent de le subir et d’en souffrir. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Et pourquoi l’autorité de santé a proscrit l’expression abdominale ? On fait le point.

Durant leur accouchement, certaines femmes enceintes sont victimes de violences obstétricales, à savoir des actes abusifs sortant du cadre des intérêts de la patiente, indique l’Institut de Recherche et d’Actions pour la Santé des Femmes. Certaines mères subissent des épisiotomies injustifiées, d’autres se voient refuser la mise en place de la péridurale ou souffrent à cause des forceps, qui ont été utilisés avant même que l’anesthésie soit efficace. Dans la liste des violences obstétricales, on retrouve aussi l’expression abdominale.

Ce geste a été mis en lumière et dénoncé récemment par l’influenceuse Lucie, plus connue sous le nom de @babyatoutprix sur Instagram. La maman de trois enfants a été confrontée à cette pratique lors de son troisième accouchement en octobre dernier. Dans un épisode du podcast dédié à la maternité Bliss.Storieset intitulé “Lucie, j’ai failli ne jamais me réveiller”, elle revient sur cet acte de violence obstétricale qui lui a presque coûté la vie.

“C’était le début de la fin. J’ai senti une douleur hyper forte au niveau de l’abdomen pendant une de mes poussées. J’ai regardé mon ventre et j’ai vu qu’un homme à ma gauche était en train d’appuyer avec ses deux mains pointées vers le bas sur mon abdomen. Ses mains étaient tellement loin dans mon ventre, c’était impressionnant. Elles étaient enfoncées dans ma chair. Ça m’a coupé la respiration et ça m’a fait super mal. Cela s’appelle une expression abdominale”, a raconté Lucie.

Qu’est-ce que l’expression abdominale ?

Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), l’expression abdominale correspond à “l’application d’une pression sur le fond de l’utérus, avec l’intention spécifique de raccourcir la durée de la deuxième phase de l’accouchement”, à savoir la période allant de la dilatation complète du col à la naissance de l’enfant par les voies naturelles. En clair, ce geste consiste à appuyer sur le ventre de la future maman durant son accouchement.

“D’après les experts, cette pratique est d’usage courant. La fréquence réelle de la réalisation de l’expression abdominale est inconnue. On ne dispose pas d’enquêtes françaises de pratique publiées sur ce sujet. Il n’existe aucune indication validée de l’expression abdominale. Cette manœuvre n’est ni enseignée, ni codifiée, ni évaluée. Elle est banalisée, et très rarement répertoriée dans le dossier de la parturiente (soit, la femme en train d’accoucher)”, peut-on lire dans un rapport de la HAS paru en janvier 2007.

Expression abdominale : pourquoi cette pratique obstétricale est interdite pendant l’accouchement ?

Le 18 avril 2007, la Haute Autorité de Santé a condamné et interdit cette manœuvre, qui est mal vécue par les femmes enceintes et leurs proches. “Le vécu traumatique des patientes et de leur entourage (stress physique et psychique, sur le moment et après l’accouchement), et l’existence de complications, rares mais parfois graves, justifient l’abandon de la pratique de l’expression abdominale”, a signalé l’institution.

L’autorité sanitaire a pris cette décision car ce geste est inutile et dangereux. Cette pratique peut provoquer de nombreuses complications. D’après la HAS, les complications le plus souvent rapportées sont des douleurs persistantes après la naissance du bébé et des ecchymoses abdominales. Bien qu’elles soient plus rares, des fractures des côtes et des lésions périnéales peuvent aussi se présenter. Parmi les complications exceptionnelles identifiées par l’autorité sanitaire, on retrouve la rupture de la rate, la rupture hépatique, la rupture utérine et la déchirure de pédicule lombo-ovarien.

Dans un communiqué publié en 2007, l’institution a précisé que l’expression abdominale ne devait plus être pratiquée pour accélérer la naissance du bébé. Elle a recommandé “dans les situations qui nécessitent d’écourter la deuxième phase de travail”, de recourir à une extraction instrumentale (forceps, ventouses, spatules) ou à une césarienne.

“Si une expression abdominale est pratiquée malgré les recommandations précédentes, elle doit être notée dans le dossier médical de la patiente par la personne en charge de l’accouchement, en précisant le contexte, les modalités de réalisation et les difficultés éventuellement rencontrées”, a précisé la HAS.

L’expression abdominale est encore pratiquée durant l’accouchement

“L’expression abdominale n’a plus lieu. Si elle a lieu, c’est une faute technique et une faute professionnelle grave. Si vous connaissez un seul gynécologue qui a pratiqué l’expression abdominale, je l’appellerai personnellement pour lui dire de ne plus le faire. Mais vous serez en échec, Madame, car vous n’en trouverez pas”, a déclaré au magazine Elle, en 2017, le professeur Israël Nisand, chef du service gynécologique des hôpitaux de Strasbourg et président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF).

Pourtant, des femmes continuent de témoigner sur ce sujet. Selon une enquête menée par le Collectif Interassociatif autour de la Naissance (CIANE) et publiée en juin 2017, une femme sur cinq affirmait qu’on lui avait appuyé sur le ventre lors de leur accouchement. Pour réaliser ce sondage, le collectif a rassemblé près de 20.000 réponses pour les accouchements ayant eu lieu entre 2010 et 2016.

Les résultats de l’enquête ont révélé que 13,6% des femmes avaient subi une expression abdominale en 2016. Parmi les mères qui ont été confrontées à ce geste violent, 81% ont également déclaré, à cette même date, que cette pratique était réalisée sans leur consentement.

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Source: Femmeactuelle.fr

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L’expression abdominale est un acte de violence obstétricale réalisé pendant l’accouchement et interdit depuis 2007 par la Haute Autorité de Santé (HAS). Pourtant, certaines femmes continuent de le subir et d’en souffrir. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Et pourquoi l’autorité de santé a proscrit l’expression abdominale ? On fait le point.

Durant leur accouchement, certaines femmes enceintes sont victimes de violences obstétricales, à savoir des actes abusifs sortant du cadre des intérêts de la patiente, indique l’Institut de Recherche et d’Actions pour la Santé des Femmes. Certaines mères subissent des épisiotomies injustifiées, d’autres se voient refuser la mise en place de la péridurale ou souffrent à cause des forceps, qui ont été utilisés avant même que l’anesthésie soit efficace. Dans la liste des violences obstétricales, on retrouve aussi l’expression abdominale.

Ce geste a été mis en lumière et dénoncé récemment par l’influenceuse Lucie, plus connue sous le nom de @babyatoutprix sur Instagram. La maman de trois enfants a été confrontée à cette pratique lors de son troisième accouchement en octobre dernier. Dans un épisode du podcast dédié à la maternité Bliss.Storieset intitulé “Lucie, j’ai failli ne jamais me réveiller”, elle revient sur cet acte de violence obstétricale qui lui a presque coûté la vie.

“C’était le début de la fin. J’ai senti une douleur hyper forte au niveau de l’abdomen pendant une de mes poussées. J’ai regardé mon ventre et j’ai vu qu’un homme à ma gauche était en train d’appuyer avec ses deux mains pointées vers le bas sur mon abdomen. Ses mains étaient tellement loin dans mon ventre, c’était impressionnant. Elles étaient enfoncées dans ma chair. Ça m’a coupé la respiration et ça m’a fait super mal. Cela s’appelle une expression abdominale”, a raconté Lucie.

Qu’est-ce que l’expression abdominale ?

Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), l’expression abdominale correspond à “l’application d’une pression sur le fond de l’utérus, avec l’intention spécifique de raccourcir la durée de la deuxième phase de l’accouchement”, à savoir la période allant de la dilatation complète du col à la naissance de l’enfant par les voies naturelles. En clair, ce geste consiste à appuyer sur le ventre de la future maman durant son accouchement.

“D’après les experts, cette pratique est d’usage courant. La fréquence réelle de la réalisation de l’expression abdominale est inconnue. On ne dispose pas d’enquêtes françaises de pratique publiées sur ce sujet. Il n’existe aucune indication validée de l’expression abdominale. Cette manœuvre n’est ni enseignée, ni codifiée, ni évaluée. Elle est banalisée, et très rarement répertoriée dans le dossier de la parturiente (soit, la femme en train d’accoucher)”, peut-on lire dans un rapport de la HAS paru en janvier 2007.

Expression abdominale : pourquoi cette pratique obstétricale est interdite pendant l’accouchement ?

Le 18 avril 2007, la Haute Autorité de Santé a condamné et interdit cette manœuvre, qui est mal vécue par les femmes enceintes et leurs proches. “Le vécu traumatique des patientes et de leur entourage (stress physique et psychique, sur le moment et après l’accouchement), et l’existence de complications, rares mais parfois graves, justifient l’abandon de la pratique de l’expression abdominale”, a signalé l’institution.

L’autorité sanitaire a pris cette décision car ce geste est inutile et dangereux. Cette pratique peut provoquer de nombreuses complications. D’après la HAS, les complications le plus souvent rapportées sont des douleurs persistantes après la naissance du bébé et des ecchymoses abdominales. Bien qu’elles soient plus rares, des fractures des côtes et des lésions périnéales peuvent aussi se présenter. Parmi les complications exceptionnelles identifiées par l’autorité sanitaire, on retrouve la rupture de la rate, la rupture hépatique, la rupture utérine et la déchirure de pédicule lombo-ovarien.

Dans un communiqué publié en 2007, l’institution a précisé que l’expression abdominale ne devait plus être pratiquée pour accélérer la naissance du bébé. Elle a recommandé “dans les situations qui nécessitent d’écourter la deuxième phase de travail”, de recourir à une extraction instrumentale (forceps, ventouses, spatules) ou à une césarienne.

“Si une expression abdominale est pratiquée malgré les recommandations précédentes, elle doit être notée dans le dossier médical de la patiente par la personne en charge de l’accouchement, en précisant le contexte, les modalités de réalisation et les difficultés éventuellement rencontrées”, a précisé la HAS.

L’expression abdominale est encore pratiquée durant l’accouchement

“L’expression abdominale n’a plus lieu. Si elle a lieu, c’est une faute technique et une faute professionnelle grave. Si vous connaissez un seul gynécologue qui a pratiqué l’expression abdominale, je l’appellerai personnellement pour lui dire de ne plus le faire. Mais vous serez en échec, Madame, car vous n’en trouverez pas”, a déclaré au magazine Elle, en 2017, le professeur Israël Nisand, chef du service gynécologique des hôpitaux de Strasbourg et président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF).

Pourtant, des femmes continuent de témoigner sur ce sujet. Selon une enquête menée par le Collectif Interassociatif autour de la Naissance (CIANE) et publiée en juin 2017, une femme sur cinq affirmait qu’on lui avait appuyé sur le ventre lors de leur accouchement. Pour réaliser ce sondage, le collectif a rassemblé près de 20.000 réponses pour les accouchements ayant eu lieu entre 2010 et 2016.

Les résultats de l’enquête ont révélé que 13,6% des femmes avaient subi une expression abdominale en 2016. Parmi les mères qui ont été confrontées à ce geste violent, 81% ont également déclaré, à cette même date, que cette pratique était réalisée sans leur consentement.

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