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Guerre en Ukraine : Les civils de l’usine d’Azot retenus en otage par les soldats ukrainiens ? C’est plus compliqué que ça

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L'usine d'Azot est encerclée par les troupes russes.
L’usine d’Azot est encerclée par les troupes russes. — Viktor Antonyuk/SPUTNIK/SIPA
  • De nombreux internautes avancent que les civils retenus dans l’usine d’Azot, à l’Est de l’Ukraine sont otages des soldats ukrainiens qui les utilisent comme bouclier humain.
  • Si leur présence empêche probablement Vladimir Poutine de lancer une offensive directe contre le site industriel tenu par les forces ukrainiennes, les civils ne peuvent de toute façon pas sortir en raison des combats et des bombardements russes incessants.
  • Les sites Internet et comptes évoqués en sources reprennent systématiquement la propagande de Moscou, la véracité de leurs publications est donc douteuse.

Pendant que les combats continuent sur le territoire ukrainien, la guerre de la communication se poursuit avec la même intensité sur les réseaux sociaux. Et le dernier champ de bataille choisi par les partisans pro-Poutine est le site de l’usine d’Azot à Severodonetsk où des centaines de civils sont retranchées avec les derniers soldats ukrainiens qui résistent à la pression russe dans la région de Louhansk.

Si les Russes annoncent avoir conquis l’intégralité de la ville de 100.000 habitants, le site de cette usine chimique de l’Est du pays et ses occupants résistent encore et toujours à l’envahisseur, dans un scénario qui rappelle celui de l’usine Azovstal à Marioupol.

Depuis plusieurs jours, de nombreux internautes accusent les soldats présents à l’intérieur du complexe de retenir en otage les civils et de s’en servir comme bouclier humain pour empêcher les troupes de Moscou d’entrer sur le site.

Les internautes sont nombreux à reprendre la propagande russe.
Les internautes sont nombreux à reprendre la propagande russe. – Captures d’écran

Articles, vidéos, témoignages, les preuves ne manquent pas, selon eux. Pire, les Ukrainiens auraient refusé le couloir humanitaire proposé le 14 juin dernier par la Russie. En réalité, la situation semble un peu plus complexe. On fait le point.

FAKE OFF

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Il est difficile de savoir combien de civils sont présents dans l’usine Azot. Lundi, la vice-première ministre ukrainienne chargée des Territoires occupés, Irina Vereshuk estimait leur nombre à 300. Ce mercredi, Roman Vlasenko, chef du district de Severodonetsk, comptait 568 personnes, dont 38 enfants, essentiellement des employés et leurs familles.

Pris au piège depuis plus de 10 jours, et la destruction, par les forces russes, du pont qui permettaient d’évacuer les civils, ils sont victimes des combats qui ne cessent autour de l’usine. Moscou a bien proposé d’ouvrir un couloir humanitaire le mercredi 15 juin, mais l’offre a été rejetée par Kiev puisque ce couloir amenait les civils dans des territoires contrôlés par les Russes. Or la condition des réfugiés ukrainiens « accueillis » en Russie est très controversée puisque Volodymyr Zelensky avait accusé les Russes d’avoir mis en place des «camps de filtration » dans lesquels son « peuple est tué, torturé et violé ».

Des bombardements incessants qui empêchent toute évacuation

La présence de ces civils dans le complexe industriel empêche sans aucun doute Vladimir Poutine de lancer ses troupes sur les installations ou de bombarder l’usine directement. Du temps gagné pour Volodymyr Zelensky pour qui « l’avenir du Donbass se joue dans la résistance des soldats de Severodonetsk », et qui attend toujours des renforts de l’OTAN alors que la ville est sur le point d’être encerclée.

En revanche, les alentours de l’usine et la ville de Severodonetsk subissent des combats intenses comme le confirme un policier local interrogé par l’AFP : « Les Russes bombardent le centre-ville sans arrêt ». Un de ses collègues ajoute même que ces bombardements ont lieu « 24 heures sur 24 » sans s’arrêter. C’est la raison pour laquelle les civils refusent d’évacuer selon Serguiï Gaïdaï, gouverneur de la région de Lougansk. Il a ajouté, ce mercredi, que les civils reçoivent de la nourriture, de l’eau et quelques médicaments de base. Selon lui, « ils pourront évacuer s’il y a un accord au plus haut niveau » entre belligérants, avec « un cessez-le-feu et une route clairement définie ».

Des civils sont inaccessibles pour le moment

Contactées par 20 Minutes, différentes ONG présentes dans le Donbass ( Amnesty International, Médecins sans frontières, Norwegian Refugee Council) ne peuvent s’avancer à confirmer ou infirmer le fait que les civils seraient retenus par les forces militaires ukrainiennes, n’ayant pas un accès direct à ces personnes. Une source chez une grande ONG française confirme toutefois que la violence des combats sur place annihile toute velléité d’évacuation : « Les Russes sont en train de tout raser. On ne peut pas s’approcher de la zone tellement c’est dangereux. Ça peut tomber partout à n’importe quel moment. »

Si certains sites Internet et comptes sur Twitter rapportent bien des témoignages de civils qui auraient réussi à « s’évader de l’usine d’Azot » où ils étaient retenus par des « soldats nazis et des mercenaires étrangers », aucun de ceux-ci ne sont sourcés et un bref détour sur leur ligne éditoriale montre qu’ils reprennent systématiquement la propagande de Moscou quand ils ne citent pas tout simplement les autorités russes.

Source: 20minutes.fr

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