L’Etat de Californie poursuit Uber et Lyft

Si les géants des technologies se portent bien, malgré la pandémie de Covid-19, ce n’est pas le cas des « licornes » du secteur des transports, comme Uber ou Lyft, dont l’activité s’est effondrée à cause du confinement. Mardi 5 mai, le gouvernement de Californie n’a pas craint d’ajouter à leurs difficultés : le procureur général de l’Etat, Xavier Becerra, a annoncé l’ouverture de poursuites contre les deux sociétés de véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) pour leur refus de requalifier leurs chauffeurs en salariés.

Or, depuis le 1er janvier, et l’entrée en vigueur de la loi dite AB5, les entreprises de la « gig economy » (l’économie du travail à la carte) sont tenues de considérer leurs contractuels comme des employés – et de s’acquitter des congés payés et de l’assurance-chômage – si elles exercent un contrôle sur les tâches remplies, notamment la tarification. Un million de travailleurs indépendants sont concernés par la législation.

Uber et Lyft ont refusé d’appliquer la loi. Au contraire, elles ont lancé, avec le livreur DoorDash, une contre-offensive sous la forme d’un référendum populaire qui doit être soumis aux électeurs lors des élections générales du 3 novembre. Cette initiative propose de créer un troisième statut. Les chauffeurs continueraient d’être indépendants, mais les plates-formes offriraient des garanties minimales, notamment au niveau du salaire et de l’assurance santé.

Les villes de San Francisco, San Diego et Los Angeles se sont jointes à la plainte déposée par le procureur général. Celui-ci a inscrit la décision de l’Etat dans le contexte de la pandémie. « Les compagnies se soustraient à leurs obligations et déplacent le fardeau sur les chauffeurs et les contribuables au moment où ils sont le plus vulnérables », souligne-t-il.

La plainte reproche à Uber et Lyft de proposer des courses pour un prix maintenu «artificiellement bas » du fait des économies réalisées sur les cotisations salariales et le non-respect du salaire minimum, ce qui désavantage les concurrents qui respectent la loi. Les arriérés de paiement réclamés par l’Etat pourraient se monter à plusieurs centaines de millions de dollars. « La Californie a des règles. Nous entendons nous assurer qu’Uber et Lyft les respectent », a ajouté M. Becerra.

La pandémie a mis en relief le risque posé pour la santé publique par la précarité de la situation des indépendants. Ceux-ci sont tentés de continuer à travailler même s’ils sont contaminés, et risquent d’être infectés par un client alors qu’ils n’ont pas d’assurance santé. «Cela montre le danger du travail que ces travailleurs essentiels accomplissent », a estimé le procureur de San Francisco Dennis Herrera. Avec le confinement, des milliers d’entre eux se sont trouvés sans activité. Pour la première fois, ils ont été inclus dans le plan de relance adopté le 27 mars. La « gig economy » a gagné en reconnaissance: ses employés ont eu droit à postuler pour les allocations-chômage.

La plainte contre Uber et Lyft intervient à quelques jours des résultats trimestriels des deux sociétés. Les analystes s’attendent à une forte baisse. Lyft a déjà annoncé le licenciement de 17 % de ses effectifs, soit près de 1 000 emplois. Uber, qui avait perdu 1,1 milliard de dollars (1 milliard d’euros) pour le seul dernier trimestre 2019, avait promis de parvenir enfin à l’équilibre au dernier trimestre 2020. Une promesse qui risque d’être quelque peu reportée…

Retrouvez tous nos articles sur le coronavirus dans notre rubrique

Sur l’épidémie

Sur le confinement et ses conséquences

Source: lemonde.fr

- Pub -

- Pub -

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Voir Plus