Malawi: Lazarus Chakwera, de la prêtrise à la présidence

Le nouveau président du Malawi, Lazarus Chakwera, le 20 juin 2020 à Mtandire.
Le nouveau président du Malawi, Lazarus Chakwera, le 20 juin 2020 à Mtandire. — AFP

C’est en toute simplicité qu’il affirme que c’est Dieu lui-même qui lui a demandé de se lancer en politique. L’opposant Lazarus Chakwera, proclamé samedi soir vainqueur dès le premier tour de l’élection présidentielle rejouée au Malawi, est un ancien pasteur évangéliste et son discours s’en ressent.

Une succession de défaites

Celui qui a fait mordre la poussière au président sortant Peter Mutharika en réunissant 58,57 % des suffrages selon les chiffres officiels de la Commission électorale, dirige depuis 2013 le Parti du Congrès du Malawi (MCP), l’ancien parti unique qui a été à la tête du pays de 1964 à 1994 lors du règne de Hastings Banda. Lazarus Chakwera, 65 ans aujourd’hui, a tenté d’y insuffler du sang neuf en se démarquant de la poigne de fer de Banda. « Les dirigeants impliqués dans ces choses mauvaises ont quitté le MCP », a-t-il récemment assuré.

Mais cela fut long et difficile. Depuis le début de l’ère de la démocratie, son mouvement a systématiquement perdu tous les scrutins nationaux. Son succès vient mettre un terme à cette série, à la troisième tentative. Candidat malheureux en 2014, puis en 2019, il a pris sa revanche sur Peter Mutharika, au pouvoir depuis 2014, au terme d’une longue bataille judiciaire et politique. En 2019, il a rejeté les résultats officiels de la présidentielle qui donnaient le sortant vainqueur. Moins de 160.000 voix séparaient les deux hommes. Le chef du MCP a saisi la justice, qui lui a donné raison en annulant la présidentielle pour cause de fraudes massives. Une première dans l’histoire politique du pays.

Une prière pour conclure ses meetings

Lazarus Chakwera a bâti son succès électoral en prônant la rupture sur le régime de son prédécesseur, à ses yeux corrompu et incapable de sortir le pays et ses 17 millions d’habitants de la pauvreté. Il aussi mis en avant son passé. Avant 2013, ce père de quatre enfants a dirigé pendant près d’un quart de siècle la congrégation des Assemblées de Dieu du Malawi. « Dieu m’a parlé. Dieu ne m’a pas dit : je te retire de ton ministère. Il m’a dit : je prolonge ton ministère pour que tu puisses conduire une nation tout entière », a-t-il expliqué dans une récente vidéo. En campagne, cet homme charismatique a d’ailleurs pris l’habitude de conclure ses meetings par une prière.

Né dans une famille pauvre, après la mort de ses deux frères aînés, il a été baptisé Lazarus, en référence au personnage de la Bible ressuscité. Chanteur émérite de gospels qu’il entonne volontiers d’un fort accent américain, il est diplômé de philosophie et de théologie.

Peter Mutharika mauvais perdant

En premier lieu, il devra apaiser les tensions avec le camp du président sortant. Peter Mutharika, 79 ans, défait avec plus de 800.000 voix de retard à peu avant les résultats officiels remis en cause le scrutin. Le président sortant a jeté le trouble en dénonçant des irrégularités. Il a ainsi affirmé que des scrutateurs de son parti avaient été « battus, frappés, kidnappés et intimidés de façon à ne pas pouvoir participer au contrôle du vote ».

Mais la société civile semble bel et bien vouloir tourner la page de l’ancien régime. Selon de nombreuses sources, Lazarus Chakwera est effectivement le large vainqueur de l’élection. Les déclarations du président ne sont en fait que « la dernière ruade du vieux cheval », a jugé l’analyste Henery Chingaipe. Selon les observateurs et les ONG sur place, « dans toute l’histoire du pays, il n’y a jamais eu d’élection aussi transparente que celle-là, notamment dans la gestion des résultats ». La Commission électorale a en effet pris ses dispositions pour ne pas revivre le fiasco de 2019.

Source: 20minutes.fr

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