Nutrition

Régimes à la mode : prudence et circonspection

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Modifier radicalement ses pratiques alimentaires n’est pas sans conséquences. Positives, parfois… Mais attention aux carences et autres effets secondaires.

Régimes à la mode : prudence et circonspection

Le nombre de produits estampillés “sans gluten” explose.

GODONG / BSIP via AFP

Cet article est issu du magazine Sciences et Avenir – Les Indispensables n°205 daté avril/ juin 2021.

Le végétarisme

Porté par la baisse globale de la consommation de viande depuis les années 1990, le végétarisme sous toutes ses formes – avec ou sans œufs, produits laitiers, poisson… – concerne aujourd’hui environ 5 % des Français. Un régime salué en 2016 par l’Académie de nutrition et de diététique, la plus grosse association internationale de nutritionnistes, qui concluait que “l’alimentation végétarienne bien planifiée, y compris végétalienne (sans aucun aliment d’origine animale, NDLR), est saine, adéquate sur le plan nutritionnel et peut être bénéfique pour la prévention et le traitement de certaines maladies”. Pour préciser ses impacts sur la santé, une unité Inserm de la faculté de médecine de Nancy a publié en 2020, à l’initiative du professeur Jean-Louis Guéant, une “revue ombrelle” : un état des lieux des connaissances scientifiques sur le sujet, s’appuyant sur 20 méta-analyses (des publications faisant déjà la synthèse de plusieurs études). Conclusion : “Nous observons bien un impact positif des régimes végétariens sur la fréquence de plusieurs pathologies : l’hypertension artérielle, l’obésité, les pathologies coronariennes, le diabète et la survenue de certains cancers, détaille l’un des auteurs, le médecin chercheur Abderrahim Oussalah. Même s’il peut y avoir une grande variabilité entre les différents types de régimes végétariens, des flexitariens quiconsomment ponctuellement de la viande jusqu’aux végans qui suppriment tout aliment d’origine animale, l’analyse statistique tirée de l’ensemble de ces méta-analyses conclut à une baisse significative de 11 % des effets négatifs pour la santé chez les végétariens par rapport aux omnivores.” Cependant, l’équipe de Nancy alerte également sur les impacts négatifs du végétarisme. “Il y a des liens ténus avec une baisse de la densité minérale osseuse et un déficit en fer, mais les résultats ne sont pas tranchés, reprend le professeur Oussalah. Par contre, il y a un risque très clair de carence en vitamine B12, retrouvée essentiellement dans les produits d’origine animale, ce qui représente un véritable problème de santé publique.” Pour les auteurs, une vigilance accrue à ce risque, voire une supplémentation en vitamine B12, est donc essentielle, tout particulièrement pendant la grossesse et l’allaitement.

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Le régime paléo

Dans la même lignée que d’autres régimes décriés (instinctothérapie, régime hypotoxique… ), le régime paléo part d’un postulat simple : notre organisme est adapté aux aliments que consommaient nos ancêtres du paléolithique, pas à notre alimentation moderne. Pour une meilleure santé, il faudrait donc éliminer tous les produits transformés, mais aussi les céréales, légumineuses, sucres, produits laitiers… “Une image naïve, simpliste et irréelle de l’ère paléolithique”, estime Luc-Alain Giraldeau, directeur de l’Institut national de la recherche scientifique, au Canada. Dans son livre Dans l’œil du pigeon *, il souligne à quel point la quête d’un “régime ancestral” – dans l’imaginaire, celui d’un mangeur de viande au régime peu diversifié – est vaine, tant les aliments qui nous entourent ont évolué (tout comme notre organisme !) : “Tous les fruits et leslégumes que nous consommons et qui sont recommandés par le régime paléo […] n’existaient pas au paléolithique.” Si les bases de ce régime sont fragiles, qu’en est-il de son impact sur la santé ? Faute de suffisamment d’études solides, la question divise les spécialistes : si certains suggèrent un effet positif sur le poids ou le diabète, d’autres alertent sur les risques de carence, notamment en calcium, et les problèmes liés à une trop forte consommation de viande. Bon nombre s’accordent à dire que délaisser les produits transformés au profit d’aliments naturels est forcément bénéfique… Mais nul besoin pour cela de lorgner dans l’assiette de nos ancêtres, dont l’état général de santé n’était, de toute façon, peut-être pas si enviable.

Le jeûne

C’est sûrement l’une des pratiques alimentaires les plus répandues à travers le monde comme dans l’histoire, du jeûne thérapeutique utilisé dès la Grèce antique au jeûne intermittent, ou fasting, promu récemment comme régime miracle, en passant par un large éventail de pratiques religieuses. Pourtant, la science peine encore à émettre un avis tranché sur les impacts – positifs comme négatifs – d’un arrêt même partiel ou temporaire de l’alimentation. En 2017, le Réseau national alimentation cancer recherche (Nacre), regroupement d’équipes françaises publiques de recherche, publiait un vaste état des connaissances sur le sujet. Le rapport indiquait que des effets bénéfiques sur “le vieillissement, les maladies cardiovasculaires et la prise en charge de l’épilepsie et des maladies rénaleschroniques [étaient] envisagés”, avant d’ajouter : “Il s’agit souvent d’extrapolation d’études chez l’animal. Les données chez l’Homme, issues d’études d’effectifs et de qualités variables, sont trop limitées pour conclure, et rares sont les études avec un suivi suffisant pour connaître l’observance et les effets à long terme.” Prudence donc, surtout après plusieurs jours de jeûne où des effets secondaires potentiellement graves peuvent apparaître : anémie, inflammation du foie ou troubles cardiaques.

Le régime sans gluten

En quelques années, le gluten, substance présente dans la plupart des céréales, est devenu “ingredienta non grata” dans certaines assiettes. Le nombre de produits estampillés “sans gluten” explose. Une évolution qui répond en réalité à deux préoccupations bien distinctes. Tout d’abord, celle des patients atteints d’une maladie cœliaque, affection auto-immune touchant environ une personne sur cent, qui doivent adopter un régime strictement dépourvu de gluten. Mais en dehors de cette pathologie reconnue, de plus en plus de personnes déclarent ressentir des effets négatifs du gluten (troubles intestinaux, maux de tête… ), rangés sous les termes “hypersensibilité au gluten” ou “sensibilité non cœliaque au gluten”. Problème, “il n’y a pas de définition médicale claire de ces troubles, pas de critères diagnostiques précis”, pointe le professeur Dominique Turck, du CHRU de Lille. Pour ce pédiatre spécialisé en gastro-entérologie et nutrition, difficile d’associer avec certitude ces maux au gluten. Sans pour autant qu’il faille jeter la pierre à ceux qui se lancent dans ce type de régime. “C’est un choix personnel sans conséquences néfastes connues, le gluten n’étant pas indispensable sur le plan nutritionnel”, souligne-t-il.

Par Yann Chavance

Source: Sciencesetavenir.fr

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