Risque d’accidents coronariens : influence du mode de vie en fonction du risque génétique

Risque d’accidents coronariens : influence du mode de vie en fonction du risque génétique

Date de publication : 14 Décembre 2016
Une étude récente, publiée dans le NEJM, se penche sur l’effet de 4 mesures d’hygiène de vie sur le risque d’accident coronarien (angor instable, infarctus). Les auteurs ont aussi évalué cette influence en fonction du risque génétique.
 
Dans cette analyse, les auteurs montrent clairement que, 
quel que soit le niveau de risque génétique présenté par un patient, l’absence de tabagisme, l’absence d’obésité, l’activité physique régulière et une alimentation saine sont associés (ensemble et séparément) à une réduction significative du risque d’accident coronarien (avec une réduction globale de 46 %), .
 
Cette analyse, effectuée sur plus de 55 000 patients issus de 4 cohortes américaines, est importante car elle montre clairement que les conseils et efforts d’hygiène de vie peuvent bénéficier à tous les patients, qu’ils aient un risque génétique élevé ou non.

C’est une bonne nouvelle pour les patients qui craignent que leur prédisposition génétique soit une fatalité contre laquelle ils ne peuvent pas grand chose. Par contre, c’est une moins bonne nouvelle pour les personnes qui pensent que l’absence de prédisposition génétique les protège même en l’absence de mesures d’hygiène de vie !

L’hygiène de vie réduit le risque d’accident coronarien quel que soit le risque génétique


De la compréhension générale du rôle des gènes à l’analyse du risque génétique individuel
Après la découverte des gènes et de leur influence au milieu du XXe siècle, le premier séquençage d’un génome humain entier fut effectué en 2000 par Craig Venter.

Certes, depuis les années 80, l’étude de l’influence de l’environnement collectif et individuel sur l’expression, ou non, des gènes a débuté (“épigénétique” : voir notre article), mais, avec l’avènement récent du séquençage du génome individuel à moindre coût et ses conséquences (identification de séquences prédisposantes ou protectrices vis-vis d’une maladie notamment), la tentation est grande de considérer à nouveau la santé comme une loterie où les patients auraient tiré de plus ou moins bon numéros, les facteurs environnementaux individuels (dont l’hygiène de vie) et collectifs n’étant alors peu ou plus pris en compte. 

Une approche majoritairement génétique du risque et de la maladie entraîne mécaniquement une réduction de l’importance accordée aux choix personnels en terme de mode de vie, et la tentation de mettre en place des traitements préventifs systématiques chez les personnes à risque génétique élevé.

Evaluation de l’influence de l’hygiène de vie : choix du risque coronarien, pour lequel de nombreuses études génétiques ont été publiées
Pour évaluer le risque coronarien (risque de survenue d’un accident coronarien : angine de poitrine instable, infarctus du myocarde), de nombreuses études ont été effectuées et plus de 50 polymorphismes génétiques ont été identifiés comme facteurs de risque (voir par exemple cette revue récente du déterminisme génétique des troubles coronariens).

Des chercheurs du Massachusetts General Hospital ont donc choisi de sélectionner les études existantes sur ce risque génétique, mais incluant également une évaluation du mode de vie afin de tenter d’idenfier l’influence de ce dernier.
 
Une étude de 3 grandes cohortes prospectives et d’une analyse transversale avec des populations -relativement- comparables 
Dans un article publié dans le New England Journal of Medicine, AV Khera et al. reprennent les données de trois grandes cohortes prospectives et d’une analyse transversale :

  • l’étude ARIC (Atherosclerosis Risk In Communities, 7 814 patients, 45-64 ans, suivi médian  18,8 ans) ;
  • l’étude WGHS (Women’s Genome Health Study, dérivée de la Women’s Health Study, 21 222 patientes, 45 ans ou plus, suivi médian 20,5 ans) ;
  • l’étude MDCS (Malmö Diet and Cancer Study, 22 389 patients, 44-73 ans, suivi médian 19,4 ans) ;
  • l’analyse transversale BioImage Study (4 260 patients, 55-80 ans, à risque de maladie coronarienne et donc la calcification coronarienne a été suivie par imagerie en l’absence de symptômes).

Ces études/analyse ont donc été choisies parce que des données génomiques et de mode de vie étaient disponibles pour les patients, mais aussi parce qu’elles contenaient des patients d’âge et de niveau socio-économique similaires, malgré certaines disparités sur d’autres critères : 4 fois plus de femmes que d’hommes, presque 3 fois plus d’antécédents familiaux de maladie coronarienne et d’hypertension artérielle dans la cohorte MDCS, un meilleur score alimentaire chez les patientes de la WHGS que dans les autres cohortes, etc.).
 
Etablissement d’un “score de risque génétique global”
En utilisant 50 polymorphismes (dans 48 gènes associés) décrits comme augmentant le risque d’accident coronarien, les auteurs de l’article du NEJM ont établi, pour chaque patient, un score global permettant d’établir un risque génétique coronarien faible, modéré ou élevé.

Dans chaque étude/analyse, ce risque génétique suivait une courbe de distribution normale.
 
Analyse des auto-questionnaires sur le mode de vie
De plus, des auto-questionnaires ont été remplis par les participants dans les 3 cohortes concernées et 4 critères ont été utilisés pour mesurer leur hygiène de vie :

  • absence de tabagisme pendant la durée de l’étude ;
  • absence d’obésité (BMI < 30);
  • activité physique régulière (au moins une fois par semaine) ;
  • alimentation saine (par exemple, pour l’étude ARIC, au moins 5 des 10 caractéristiques hebdomadaires suivantes : 3 portions par jour de fruits, de légumes, de céréales complètes, 2,5 portions par jour de laitages, 2 portions par semaine de poisson, 1 portion par semaine de fruits secs, moins d’1,5 portion de céréales non complètes par jour, moins d’1 portion de viande préparée / séchée par semaine, pas plus d’1,5 portion de viande rouge fraîche par semaine, pas plus d’une boisson sucrée par semaine). 

Le mode de vie des patients a été décrit comme “favorable” lorsque 3 ou 4 de ces critères positifs étaient réunis, “intermédiaire” lorsque 2 critères étaient réunis (augmentation modérée du risque coronarien liée au mode de vie) et “défavorable” lorsqu’1 ou 0 critère était respecté (augmentation élevée du risque coronarien liée au mode de vie).

Confirmation du fort impact de la prédisposition génétique dans la maladie coronarienne
Dans cette analyse, AV Khera et al. retrouvent le fort impact du terrain génétique dans l’apparition d’accidents coronariens : les patients à risque génétique élevé présentent une augmentation de 91 % de leur risque de connaître un accident coronarien, comparé à ceux à risque génétique faible.
 
Mais des éléments favorables d’hygiène de vie sont aussi associés à une réduction significative du risque d’accident coronarien dans les 3 études
Dans cette analyse, la présence de chacun des 4 éléments d’hygiène de vie choisis est associée à la réduction significativge du risque d’accident coronarien :

  • une réduction de 44 % pour l’absence de tabagisme ;
  • une réduction de 34 % pour l’absence d’obésité ;
  • une réduction de 12 % pour l‘activité physique régulière ;
  • une réduction de % pour une alimentation saine.

Une bonne hygiène de vie semble diminuer autant les risques coronariens qu’un faible risque génétique
La figure ci-dessous (taux d’accidents coronariens selon les risques génétiques et comportementaux) permet de visualiser clairement ces réductions du risque  : taux ajustés pour l’âge, le sexe, la prise de vitamine E ou d’aspirine (étude MDCS), le niveau d’éducation et les principaux éléments familiaux (études ARIC et WGHS).

Les échelles pour le taux d’accident (en ordonnée) sont les mêmes pour le risque génétique et pour le risque comportemental et les courbes sont très similaires, ce qui montre clairement que les habitudes de vie pèsent autant que le patrimoine génétique sur le risque :

* HR = Hazard Ratio, ou risque relatif. Un HR à 1,5 signifie que la personne à un risque de survenue d’un accident coronarien augmenté de 50 %. Par exemple, si le risque absolu d’une population donnée est de 10 % d’avoir un tel accident (HR = 1), la personne qui aura un HR à 1,5 aura une augmentaiton de 50 % de ce risque absolu, donc un risque absolu à 15 % (au lieu de 10 %).  
 
Constat de réductions significatives de l’incidence des accidents coronariens lorsque le mode de vie est “favorable”
Globalement, avoir un mode de vie “favorable” tel que défini dans l’analyse (mode de vie n’augmentant pas le risque coronarien) est associé à une réduction du risque de survenue d’un accident coronarien de 46 %, quel que soit le risque génétique.

Sur 10 ans, cette réduction du risque se traduit par le constat d’une réduction de l’incidence des accidents coronariens :
 passage de 10,7 % à 5,1 % (- 5,6 %) de personnes atteintes d’un tel accident dans l’étude ARIC,
– passage de 4,6 % à 2 % (- 2,6 %) dans l’étude WGHS (femmes uniquement)
– passage de 8,2 % à 5,3 % (- 2,9 %) dans l’étude MDCS.

La figure ci-dessous montre cet effet (taux d’accidents coronariens sur 10 ans, selon les risques génétiques et comportementaux ; attention, les barres du risque génétique faible de la WGHS sont plus hautes que leur valeur numérique) :


 
Moins de calcifications coronaires en cas de mode de vie “favorable”
Dans l’analyse transversale BioImage, les auteurs ont constaté également qu’un mode de vie “favorable” est associé à une réduction significative du score de calcification des artères coronaires : 

Les habitudes de vie et le patrimoine génétique contribuent également indépendamment au risque coronarien
Les auteurs de cette analyse insistent sur le fait que le risque génétique et le risque comportemental agissent indépendamment sur la probabilité de subir un accident coronarien. En effet, les effets positifs des mesures d’hygiène de vie se font sentir quel que soit le niveau de risque génétique.

De plus, l’intensité de ces effets positifs est similaire chez tous les patients, quel que soit le risque génétique, avec un effet légèrement plus marqué chez les personnes présentant un risque génétique élevé. Ainsi, les conseils d’hygiène de vie peuvent bénéficier à tous les patients, sans avoir à mesurer leur risque génétique au préalable (même s’il se pourrait que le fait de se savoir à risque élevé augmente la motivation à suivre des règles d’hygiène de vie).

À l’inverse, comme le fait justement remarquer le blogueur néphrologue PerrUche en Automne, “avoir de mauvaises habitudes de vie même si vous avez les bons gènes ne vous protège pas et vous avez le risque des malchanceux vertueux. On peut appeler ça du gâchis de son capital”. 
 
Le déterminisme génétique n’est pas une fatalité dans les maladies coronaires
Cette analyse apporte également des arguments aux médecins qui travaillent à convaincre leurs patients qu’un risque génétique élevé n’est pas une raison valable de baisser les bras en termes d’hygiène de vie. Les effets d’une vie plus saine sur le risque d’événement coronarien, tels que mesurés dans cette étude, sont suffisamment intenses pour bénéficier aux patients les plus à risque. La question demeure néanmoins de l‘effet de critères de vie saine plus stricts que ceux utilisés dans cette analyse.

 
Pour aller plus loin
 
L’article du NEJM sur l’effet de l’hygiène de vie selon le risque génétique dans les maladies coronaires
Khera AV, Emdin CA, Drake I, et al. « Genetic Risk, Adherence to a Healthy Lifestyle, and Coronary Disease. » New England Journal of Medicine. 2016.
 
Une revue récente sur le risque génétique des maladies coronariennes
Abraham G, Havulinna AS, Bhalala OG, et al. « Genomic prediction of coronary heart disease. » Eur Heart J 2016 September 21
 
Le billet de blog de PerrUche en Automne sur cette analyse
« Tout n’est pas écrit dans nos gènes », 17 novembre 2016

Sur VIDAL.fr : 
VIDAL Reco “Risque cardiovasculaire : prévention”
L’épigénétique, clef de la compréhension de la constitution des maladies métaboliques ? Et d’autres pathologies ? (juillet 2013)

 

Source: vulgaris-medical.com

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