Nutrition

Végétarien, végan : pourquoi l’alimentation végétale serait-elle moins polluante ?

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« Pourquoi l’alimentation végétale serait-elle plus écologique que les autres ? », nous demande une lectrice sur notre page Facebook. C’est notre Question de la semaine.

Salade végétarienne

Un véganisme universel permettrait de réduire les émissions du secteur agricole de 73% et de rendre à la nature 3,1 milliards d’hectares, soit 76% des terres actuellement cultivées.

© Creative Commons

« Pourquoi l’alimentation végétale serait-elle moins polluante ? », nous demande Delphine Palluy sur notre page Facebook. C’est notre Question de la semaine. Merci à tous pour votre participation.

Le poids de l’élevage des animaux… et des crustacés

Manger de la viande fait émettre plus de pollution (émission de gaz à effet de serre, utilisation des terres et pollution des eaux) que la consommation de plantes. En 2018, une équipe franco-suisse confirme cette hypothèse en effectuant un travail majeur : l’analyse du bilan carbone des 40 principaux aliments consommés dans le monde (et représentant 90% de la diète des Hommes ainsi que les bilans carbone). Pour cela, ils s’appuient sur les données de 38.700 fermes. La méthode reste imprécise : « selon les efforts de réduction, l’impact sur l’environnement peut varier de plus de 50 fois pour un même aliment, écrivent les auteurs. Deux produits qui se ressemblent sur une étagère de magasin peuvent avoir des impacts totalement différents »

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Ainsi, pour obtenir 100 grammes de protéines de bœuf, il faut pouvoir disposer de 370 m² de terre et accepter d’émettre 105 kilos de CO2. A l’inverse, 100 grammes de protéines de pois ou de haricots ne produisent que 300 grammes de gaz à effet de serre pour seulement 1m² de sol, une comparaison qui comprend la transformation du produit de base, son emballage et son transport. Produit animal le moins émetteur, l’œuf de poule, avec 10 kilos de CO2 pour 100g de protéines est quatre fois plus polluant que le tofu, le végétal le plus émetteur.

L’une des surprises de l’étude, c’est le poids de l’aquaculture. Si l’élevage des crustacés (principalement la crevette) ne réclame qu’un m2 pour 100 grammes de protéines, il peut cependant dépasser les rejets en méthane et CO2 de l’élevage bovin. Globalement, la viande et le lait ne procurent que 18% des calories et 37% des protéines nécessaires aux Hommes mais produisent 60% des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture.

Les émissions de gaz à effet de serre des principales productions alimentaires mondiales. © Oxford university

Les producteurs pourront faire tous les efforts de réduction de leurs émissions, la production animale excédera toujours celle du végétal. Les différences entre deux produits peuvent cependant être très nettes. Les troupeaux de bovins en élevage extensif sur des terres gagnées sur les forêts et les milieux naturels émettent 12 fois plus de gaz à effet de serre et utilisent 50 fois plus de terres que les bovins engraissés sur des prairies enrichies en légumineuses (trèfle, luzerne) qui réduisent ainsi leur bilan carbone de moitié.

Le comportement des consommateurs est déterminant

Mais c’est du côté des consommateurs que se tournent les chercheurs. Un véganisme universel permettrait de réduire les émissions du secteur agricole de 73% et de rendre à la nature 3,1 milliards d’hectares, soit 76% des terres actuellement cultivées. Sans aller jusqu’à ces extrémités, réduire la consommation de viande de moitié équivaut à abaisser de 73% les émissions des cultures végétales. En diminuant de 20% l’usage de produits récréatifs (tabac, alcool, sucres, stimulants), on réduit les émissions de ces cultures de 43%.

Reste à faire prendre conscience de ces enjeux aux acheteurs arpentant les supermarchés. La solution la plus évidente est de créer une étiquette apposée sur les emballages informant de l’impact environnemental, incitant ainsi les consommateurs à acheter les produits les plus respectueux de la planète. Depuis près d’une décennie, l’idée fait son chemin malgré les oppositions des industriels. L’Ademe a cependant élaboré un outil qui permet de comparer les produits de même catégorie entre eux tandis que l’Union européenne a clos en 2017 une expérimentation débutée en 2013. Les études se prolongent malgré l’urgence climatique. Selon cette équipe franco-suisse, éviter le lait et la viande est le meilleur moyen de réduire l’empreinte écologique de l’Humanité.

La viande bovine produite au Brésil est 15 fois plus émettrice que celle produite en France

En 2019, l’Université Johns-Hopkins de Baltimore (Etats-Unis) s’est lancée dans une tâche au long cours : évaluer les effets de neuf régimes alimentaires sur les émissions de 140 pays aux conditions climatiques, économiques, culturelles et agricoles très différentes. Les diètes étudiées font toutes une place plus importante aux végétaux : elles vont graduellement de l’instauration d’une journée sans viande par semaine à un régime végane strict, en passant par le végétarisme acceptant le lait et les œufs ou l’interdiction de la viande mais l’autorisation du poisson. Sans surprise, cette étude montre également que les régimes comportant une forte consommation de viande de ruminants (bovins, ovins, caprins) sont plus émetteurs de CO: une portion de bœuf génère 316 fois plus de CO2 que des légumineuses, 115 fois plus que des graines et 40 fois plus que du soja; les plantes sont les moins émissives mais on trouve juste au-dessus les insectes, mollusques et sardines ; quant aux produits laitiers et aux œufs, ils ont un poids climatique très élevé. Dans la plupart des pays, un régime comportant 2/3 de végétaux où les produits d’origine animale ne sont consommés qu’une fois par jour a une empreinte carbone plus faible qu’un régime végétarien qui comprend des produits laitiers et des œufs.

Le travail de l’Université Johns-Hopkins met aussi l’accent sur les conditions de production de la nourriture. Ainsi, la viande bovine produite au Paraguay ou au Brésil est 15 fois plus émettrice que celle produite en France principalement du fait de la déforestation. En améliorant les conditions de production de la nourriture et en réduisant les parts des produits les plus émissifs, les réductions peuvent être spectaculaires. En adoptant par exemple un repas quotidien sans viande, on réduit les émissions de CO2 de 47% et la pression sur la ressource en eau peut diminuer de 57%. Les gains peuvent même être beaucoup plus élevés là où la diète est la plus émissive, au Brésil, au Paraguay et en Israël.

 

Les « poids » climatiques des neuf régimes étudiés. La moyenne des 44 pays riches membres de l’OCDE est presque le double de la moyenne mondiale. La réduction de la faim dans le monde passe par une diminution de prise de nourriture dans les pays développés qui excède largement les recommandations de l’OMS. © Johns-Hopkins University

Par Loïc Chauveau

Source: Sciencesetavenir.fr

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