SportViolences sexuelles

Violences sexuelles dans le patinage : Didier Gailhaguet a fini par céder

Après avoir résisté cinq jours à la pression gouvernementale, Didier Gailhaguet a cédé : le président de la Fédération française des sports de glace (FFSG), lâché par une partie grandissante de sa famille, a annoncé sa démission, samedi 8 février, à l’issue d’un conseil fédéral extraordinaire, « dans un souci de pur apaisement ».

Lui qui s’est toujours épanoui dans le conflit avec les entraîneurs, les dirigeants de clubs ou les ministres successifs a fini par succomber à la tempête née des révélations sur les violences sexuelles, il y a dix jours. A 66 ans, il met un terme à dix-neuf ans d’un règne sans partage sur le patinage français, marqué par les polémiques, l’érosion de la popularité de son sport mais aussi le redressement économique de sa fédération.

Jusqu’à son départ, Didier Gailhaguet a voulu donner l’illusion d’être maître de son destin, parlant d’une décision « prévue de longue date ». Mercredi, pourtant, il avait dit attendre les conclusions de l’enquête administrative lancée par le ministère des sports avant de prendre une décision, et son discours combatif n’augurait en rien d’une démission.

Mais le déclenchement de la procédure de retrait de la délégation et, surtout, l’émoi persistant dans les clubs de patinage en France ont rendu son départ inéluctable. « Je pense que je suis un frein à la fédé, mais j’ai eu le courage de dire toutes les vérités nécessaires », disait-il vendredi soir à L’Equipe, annonçant en filigrane sa démission prochaine.

En annonçant lui-même sa décision, devant le conseil fédéral, puis une foule de journalistes rassemblée devant le siège de la FFSG, Didier Gailhaguet s’est épargné une motion de défiance dont l’issue aurait été très incertaine.

« Dans le souci de pur apaisement, j’ai pris avec philosophie, dignité, mais sans amertume, la sage décision de démissionner », a-t-il dit aux journalistes, après avoir longuement vanté ses mérites et son attachement aux sportifs. M. Gailhaguet a ajouté :

Depuis plus d’une semaine, le sport français vit une crise sans précédent, déclenchée par une vague de révélations de violences sexuelles. Plusieurs anciennes patineuses ont accusé trois entraîneurs différents d’avoir abusé d’elles entre la fin des années 1970 et le début des années 1990, quand elles étaient adolescentes.

Sous pression, Gailhaguet avait d’abord choisi la contre-attaque. En plusieurs étapes et avec plusieurs cibles. D’abord Marie-George Buffet, pour sa gestion au début des années 2000, quand elle était ministre des sports, du cas Gilles Beyer, l’ex-entraîneur accusé de viols et d’agressions sexuelles par l’ancienne championne, Sarah Abitbol, dans son livre Un si long silence (Plon). Puis Roxana Maracineanu, qualifiée de « ministre moralisatrice ».

« Quand l’Etat décide quelque chose, il ne sert à rien d’aller contre. C’était le pot de terre contre le pot de fer, déplore Noëlle Salfati, soutien de longue date de M. Gailhaguet au conseil fédéral. Il n’avait aucune raison de démissionner mais c’est une décision sereine et sage. »

La présidente du conseil fédéral, Maryvonne Del Torchio, assurera la présidence de la fédération par intérim et rencontrera la ministre des sports la semaine prochaine. Mme Del Torchio a présenté la lutte contre les violences sexuelles comme un axe majeur du travail de la fédération à l’avenir.

Cette démission ne met pas un terme à l’inspection générale diligentée par le ministère des sports, ni la procédure de retrait de la délégation, qui reste incertaine. « On va faire ces enquêtes. Et derrière, les responsabilités seront pesées », a réagi Roxana Maracineanu.

D’ici à cinq semaines, le conseil fédéral devra avoir convoqué une assemblée générale permettant d’élire une nouvelle direction. Les soutiens de Didier Gailhaguet sont décidés à garder les rênes de la fédération, confirme Noëlle Salfati : « On a redressé la fédération qui était déficitaire pendant des années, on a mis dix-huit ans à le faire grâce à Didier, et je tiens à ce que toutes ses actions soient poursuivies. »

Sarah Abitbol, l’une des victimes présumées de Gilles Beyer, estime dans L’Obs que cette démission « n’est qu’une première étape. Il reste à nettoyer toute la fédération où il a tous ses amis. Ceux qui se sont tus et ont soutenu son système sont toujours là-bas ».

Ludovic Le Guennec, président du club de Caen qui appelait ces derniers jours à la démission de M. Gailhaguet, réclame qu’une assemblée générale « soit réunie rapidement » afin de procéder à une nouvelle élection : « Pour avoir discuté avec beaucoup de clubs, j’ai l’impression qu’ils ont vraiment envie de passer à autre chose. Et pas forcément à quelqu’un venant du patin : on n’est pas obligé d’avoir été patineur puis entraîneur pour diriger une fédération. »

Omniprésents cette semaine dans les médias, Philippe Candeloro et Gwendal Peizerat ont fortement laissé entendre qu’ils pourraient être candidats à la succession de Didier Gailhaguet. L’un et l’autre s’étaient présentés sur une liste commune en 2014, mais Gwendal Peizerat avait été devancé assez largement par Didier Gailhaguet.

Source: lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fermer
Fermer